Tous fichés ! La volonté de contrôle des élites qui nous gouvernent n’a plus de limites. Il y a dix ans, le fichage génétique était interdit, considéré comme liberticide. En 98, le gouvernement Jospin avait créé le fichier national des empreintes génétiques (FNAEG) afin de répertorier les délinquants sexuels. Les attentats de septembre 2001 ont permis à nos gouvernants de laisser libre cours à leurs pulsions sécuritaires en détournant le FNAEG. Ainsi les lois « sécurité intérieure » de mars 2003 et Perben II de mars 2004 ont étendu le fichage à toutes les personnes ayant maille à partir avec la justice, mettant dans un même sac criminels, petits délinquants et militants adeptes de la désobéissance civile. Aujourd’hui, des personnes condamnées ou seulement suspectées sont systématiquement soumises à ce fichage. Et ceux qui refusent de se laisser racler la bouche par un bâtonnet stérile délicatement manipulé par un policier risquent gros. Michel Bobon en sait quelque chose. Cet agriculteur de Saint-Sauveur des Landes, près de Fougères, a refusé un prélèvement l’été dernier. « C’était après un fauchage d’OGM près de Lorient le 28 août,relate l’exploitant adhérent de la Confédération paysanne et militant CNT. Pendant la garde à vue, nous avons été sollicités pour donner notre ADN. Sur 32, nous avons été 16 à refuser. Selon la loi, nous risquons 15000 euros d’amende et un an de prison ferme. »

Comme par hasard, ladite loi exclut le fichage de la délinquance en col blanc. Point de politiciens corrompus ou d’hommes d’affaires véreux dans le FNAEG. En revanche, des militants, des syndicalistes, des fumeurs de joints, des tagueurs, des faucheurs d’OGM… Bref, tous ceux qui dérangent l’Etat. Les étudiants du mouvement contre le CPE ont été confrontés à cette loi. Quelques-uns ont refusé de donner leur salive, les autres ont obtempéré, effrayés par le « si tu refuses c’est 15000 euros d’amende et un an de prison ». Plusieurs personnalités politiques de tous bords (UMP, UDF et PS) envisagent d’élargir le fichier à tous les citoyens. Bienvenue chez Big Brother ! Cette mesure liberticide coûterait des milliards d’euros. On n’a plus d’argent pour le social, mais pour le sécuritaire les vannes sont grandes ouvertes…

Les empreintes génétiques sont conservées longtemps, très longtemps. Quarante ans pour un condamné et 25 ans… pour un suspect finalement relaxé ! Avec des conséquences redoutables. « Si à l’avenir, un régime totalitaire arrive en France, quelle utilisation fera t-il de ce fichier ? Qu’arrivera t-il aux gens fichés ? » interroge Stéphane Garesche, de la CNT-Rennes. Même aujourd’hui, dans notre démocratie représentative, le risque de graves dérives existe. Chaque fiche dressera un portrait médical intime agrémenté d’un profil militant. La CNIL s’est inquiétée de l’éventualité d’un détournement de la finalité première des fichiers. Au marché noir, des patrons ou des assureurs avanceront certainement des sommes rondelettes pour se procurer ces fichiers. Des fonctionnaires ont déjà été condamnés pour avoir « vendu » des documents sensibles. Un fichier génétique comme le FNAEG peut-il échapper au détournement ?


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