Un entretien (presque) imaginaire du Clébard - Jean-Louis Brossard
Par Laguérite le mercredi 27 décembre 2006, 20:14 - Musique - Lien permanent
Coincé entre un attaché de presse qui
essaye de lui refiler la démo d’un groupe de rap sans concession et deux VIP en
état second, c’est au bar du Hall 5, lors des 28ème Transmusicales de Rennes
que Le Clébard a retrouvé Jean-Louis
Brossard… ou en tout cas un type qui lui ressemblait étrangement. Ni une, ni
deux, il a accepté de répondre aux questions branchouilles que tous les
lecteurs se posent.
Le Clébard : Les Transmusicales sont-elles l’affaire d’un homme ou d’une équipe ?
Jean-Louis Brossard : Une équipe évidemment ! Je décide, mais je partage le boulot. La répartition des tâches est très simple, comme dans la vie de tout le monde. Béa, elle fait la gestion, la comptabilité, l’organisation logistique, elle règle les petits tracas quotidiens. Comme ça, je peux me consacrer à la direction artistique. C’est quand même moi qui fait toute la programmation. J’écoute une quantité de CD, tu peux pas imaginer. Tous les jours, chaque jour de l’année. Et y a même des groupes qu’ont pas de CD. T’es obligé d’écouter des K7 pourries, même des 33 tours, j’te jure. D’ailleurs, c’est chiant parce que dans l’électro, y en a plein qui produisent que sur des vinyls. Moi, j’avais balancé mon tourne-disques, pour rester à la page. Et ben, il a fallu que j’en rachète un autre à la braderie Saint Martin. Pareil pour les K7. Un jour, des mecs vont me refiler des 75 tours rien que pour faire vintage…
Vous êtes satisfait de votre installation aux Halls expo de Saint-Jacques ?
Moi, j’aime bien, ça donne une ambiance hangar, entrepôt, plus rock’n roll, quoi. En tout cas, moins classieux que le centre-ville de Rennes qui vire férocement bourgeois depuis quelques années. Et puis, c’est beaucoup plus grand. Du coup, les Trans’ donnent l’impression d’un vrai festival. Il faut voir le bon côté des choses. Et question sécu, on est plus tranquille. Les mecs qui se bastonnent avec les flics dans le centre-ville, c’est plus notre affaire. La dernière année où les Trans ont eu lieu à Rennes, ça nous a laissé un mauvais souvenir : des gonzes sont rentrés en force pour voir le concert des Bérus. Ca fait mauvais genre devant la presse internationale. T’imagines les journalistes planqués dans leur bar VIP en espérant que la plèbe ne vienne pas jusqu’à eux ? Non, mauvais plan.
Quand même, le charme des Transmusicales résidait aussi dans l’ambiance urbaine. La fête était dans les rues, non ?
Mais les Trans’, c’est pas Les Tombées de la nuit. Le principal, c’est qu’on ait des salles où on peut mettre le son à donf et boire de la bière. Si tu veux voir des marionnettes qui racontent l’histoire du nain qui voulait être basketteur, ou les danseurs octogénaires du Kazakhstan, t’as sonné à la mauvaise porte.
Bon, y a quand même un souci, les frais de taxis pour tous les groupes et les staffs qu’il faut trimballer jusqu’à Saint-Jacques. Heureusement, à l’arrivée, ils ne sont pas déçus. Maintenant on a un bar VIP encore mieux qu’avant, avec de la picole bio et équitable, même du coca breton.
En fait, on n’avait pas le choix. Fallait y aller : c’est la mairie qui décide au final. Vu la tune qu’ils nous filent, on peut pas dire grand’ chose. Tu vas pas mordre la main qui te donne à bouffer.
Les Transmusicales sont souvent mises en avant comme défricheur de talents, comme tremplin ?
Oh, évidemment, vu le nombre de groupes et d’artistes qu’on programme tous les ans, c’est pas difficile. Il faut rester modeste : c’est quand même le diable si dans tout ça, il n’y a pas quelques noms qui finissent par émerger.
Question nouveaux talents, ça a dû être dur cette année: la scène du village où les artistes du coin se produisaient sans que le public paye, c’est terminé ?
Ouais mais là, c’est pas de ma faute. Ou plutôt si, cette scène me foutait un coup de déprime. D’abord, y’avait jamais de public et y’avait encore moins de professionnels. Les Trans perdaient carrément leur âme. Et puis, c’était à se flinguer ce grand hall vide avec deux chevelus et un tondu qui se démenaient sur scène en beuglant des chansons d’un quart d’heure. Ces types balançaient tout se qu’ils avaient pour des nèfles. Et je suis désolé mais les Trans’, ça doit rester « bankable », comme on dit maintenant dans la culture.
Cette année, il n’y avait pas de tête d’affiche. C’est du moins ce que l’on disait avant le festival parce qu’à l’arrivée pas mal de groupes étaient passés sur Canal + ou avaient fait les choux gras des chroniqueurs de Teknikart ou des Inrock. Alors les Trans, publicité mensongère ?
Je défie quiconque de me citer les noms de plus de trois artistes qui sont passés cette année. J’adore la recherche patronymique mise en place par ces mecs pour se distinguer de leurs confrères : Nicole Willis & The soul investigators, excellent; Cold War Kids, dément; Orville Brody & Goodfellas, incroyable. Et je te parle même pas des noms des albums : un groupe français, Porcelain, qui passe cette année a sorti un LP en 2002 qui s’intitulait (tiens toi bien !) : I’ve got a really important thing to do right now but I can’t do it cause I’m asleep. Qui peut se souvenir d’un tel truc ?
Sinon, des rumeurs courrent : le copinage existerait aux Trans ?
Oh, je sais ce qu’on va me dire : cette année, y’avait encore Dj Morphéus et Dj Nétik, eux ils viennent tous les ans. Ce sont de bons p’tits gars, y’a pas à dire, mais ces mecs, y sont pires que d’la glue, tu leur dis d’aller mixer ailleurs que dans ton salon et les v’là qui rentrent par la porte du jardin. C’est pas facile tous les jours d’être l’ami des jeunes talents.
Autre chose : le festival s’est donc doté d’un Agenda 21…
Ouais, ben c’est à la mode… Non, j’déconne. C’est un mouvement d’ensemble, avec Les Vieilles Charrues, Bobital et les autres grands festivals bretons qui font la même chose. Et puis, c’est utile de ramasser les gobelets, quand y en a trop par terre, ça peut devenir chiant pour danser. Imagine qu’un jeune fan de pop se casse le tarin en glissant sur un gobelet. Qui c’est qui va devoir sortir son portefeuille ? C’est Bibi. Non, j’déconne encore : c’est la mairie qui crache au bassinet.
C’était difficile de se ballader dans les halls sans tomber sur un logo de marque. Tu n’as pas peur que la jeunesse en ait marre un jour ?
C’est le risque mais faut pas se leurrer : sans logo pas de Trans. Et c’est pas demain la veille que ça va changer. J’ai pas l’impression que les pouvoirs publics soient enclins à distribuer plus de pognon. Et si on veut grandir, ben faut bien en trouver quelque part. Et puis la jeunesse, elle adore les marques. Faut pas m’la faire à moi.
Puisque nous parlons d’avenir, comment tu vois celui des Transmusicales ?
Ah, m’en parle pas… C’est bien possible que cette année soit la dernière pour ma pomme. Remarque, ça fait tellement longtemps que la rumeur de mon départ, voire de la fin des Transmusicales, court que c’est bien possible que je dépasse l’âge de la retraite à mon poste. Mais c’est vrai que tout a bien changé, l’époque où Daho et Marquis de Sade étaient les têtes d’affiche me manque un peu. Et puis, soyons francs, on vit une époque qui chie dans son froc : avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics, c’est la galère. Tu te figures, un concert de rock sans fumer ! Mais on va où ? Enfin, manquerait plus qu’on interdise la bière et les kebabs… Tu veux que je te dise ? Y’a plus d’rock n’roll et ça me fout le blues…
inventé par Robert Dauphin et Deurf

Commentaires
Ah! Ah! Ah! j'me suis bien bidonné. Le brave Brossard parle tellement dans la presse au moment des Transmusicales que votre entretien (presque) imaginaire est plus intéressant que les "vrais" entretiens qu'il donne. Incroyable, non?
Le Clébard (à sa mémère) sera sur le salon Plumes Rebelles organisé à Rennes (Halles des Lices) par Amnesty International, les 3 et 4 février prochain. A bientôt!