Véolia rafle la mise à Rennes
Par Laguérite le mercredi 27 décembre 2006, 21:35 - A rennes - Lien permanent
Depuis 125 ans, Véolia distribue l’eau des Rennais. Ces dernières années,
la multinationale a récupéré plusieurs autres délégations de service public.
Pourquoi un tel monopole dans notre bonne ville ? Au moment de la reconduction
de Véolia eau en 2004, certains élus avaient argué de l’impossibilité technique
de faire autrement. Mais Le Clébard
aime avoir le choix, il a donc gratté un peu plus profondément.
... Et ce qu’il a trouvé n’est pas forcément limpide comme l’eau du robinet. L’intérêt de quelques-uns ne primerait-il pas sur l’intérêt général ?
A Rennes, c’est bien connu, il fait bon « vivre en intelligence ». Avec les citoyens : déplacement rapide, moderne et ultra-contrôlé avec le métro, accès réel à la culture avec les maisons de quartiers et les Champs libres, conseils de quartier pour animer le débat politique sur le terrain. La recette fonctionne, la majorité de gauche reste en place. A Rennes, la Ville et Rennes Métropole peuvent même se targuer de n’oublier personne. Ici et depuis de longues années, les grands groupes industriels ont aussi droit à leur part de vie en intelligence. Surtout un.
Derrière les filiales, le même groupe. Pour le savoir, il suffit de vivre au quotidien dans la ville. Mettre des déchets dans sa poubelle. Pas de panique, les camions de Netra Onyx passent par là. S’engager à trier sélectif, pas de souci non plus, le centre de tri sélectif de l'agglomération(Netra Onyx aussi) se charge de recycler. Prendre soin de mettre ses petits papiers et journaux quotidiens au rebus, Netra Onyx est encore là pour la collecte. Depuis 2003, la filiale de Veolia environnement possède la quasi totalité de la délégation de service public concernant les déchets.
Ca fait froid dans le dos ? Il suffit d’activer le chauffage. Dans les quartiers de Beauregard-Villejean (secteur urbain Nord), la délégation de service public de chauffage urbain est concédée à la Sobrec, filiale de Dalkia, elle-même propriété de Veolia et EDF.
Et s’il fallait encore une goutte pour faire déborder le vase, l’eau qui s’écoule des robinets et reflue dans les chasses d’eau est elle aussi d’origine certifiée. Depuis plus de 100 ans, c’est Veolia Eau (anciennement Compagnie Générale des Eaux) qui possède la délégation de gestion de l’eau à Rennes. Encore une poupée russe.
Des marchés juteux. En Bref, Rennes est un marché juteux pour Veolia. Transport, via une partie de la flotte Illenoo du Conseil général d’Ille-et-Vilaine, énergie, eau, propreté, le groupe ne laisse rien passer. Véritable mastodonte mondial dans ces domaines, Veolia écrase les services de la Ville et de l'agglomération qui voudraient reprendre ces compétences à leur compte. Savoir-faire, économies d’échelle réalisées grâce à une activité florissante et une myriade de filiales, les arguments se veulent irréfutables. Pour preuve, l’échec de la remunicipalisation de l’eau à Rennes mise en débat après la dernière élection d’Edmond Hervé.
Et la politique, bordel ! Le phénomène Veolia à Rennes, son emprise sur les délégations de service
public n’est pas un phénomène isolé. Dans le sud de la France, la presque totalité
des services de transport en commun sont délégués à la Connex, filiale
transport du géant.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au niveau mondial, 60% du chiffre d’affaire de Veolia environnement est réalisé auprès des collectivités locales. C’est-à-dire grâce à de l’argent public directement issu des impôts locaux. L’affaire n’en serait pas une si Veolia était irréprochable. A Rennes, le débat sur la remunicipalisation de l’eau a forcé Veolia à revoir ses coûts à la baisse. Depuis longtemps, des agents administratifs de la Ville, chargés de contrôler les dépenses, dénonçaient une opacité des comptes. Impossible de vérifier l’exactitude des dépenses faites et l’efficacité du service. Les économies réalisées depuis auraient pu être faites bien plus rapidement si la pression politique avait été plus active. Car enfin, c’est bien d’une délégation de service public qu’il s’agit et pas d’un marché ordinaire.
Développement durable ou maxi profits. A l’heure où les politiques découvrent et s’emparent du discours sur le développement durable, un tel monopole demeure surprenant. Les objectifs financiers d’un grand groupe ou d’une collectivité ne sont pas les mêmes. La seconde recherche l’équilibre. Comme une association, ellene cherche pas le profit. S’il advient, elle le redistribue. Un grand groupe cherche d’abord à se positionner sur le marché mondial et financier. Il a donc besoin de faire de gros bénéfices.
La multiplication des délégations de services publics est très contemporaine. Privatisation des échanges, intérêts des grands groupes supérieurs à celui des citoyens. Pourtant, plusieurs villes ont renoncé à ce système et ont repris leurs services publics en main.
Même les Trans s’y mettent! Pour l’anecdote, les organisateurs des Transmusicales ont l’air convaincus par la nécessité d’agir durable. Depuis l'année dernière, ils mettent en place un Agenda 21 : une liste d’actions censées aller vers un développement plus respectueux de l’homme, de l’environnement et d’une économie plurielle, c’est-à-dire pas seulement capitaliste.
Action de restauration pour « sensibiliser le public aux alternatives bio et équitables », « participer à la sauvegarde des environnements locaux ». Action de gestion des déchets pour maîtriser la chaîne des détritus.Pour mener à bien ces actions, Les Trans ont besoin de partenaires sûrs et locaux. Veolia est donc partenaire sur ces deux volets de leur Agenda 21. Y a pas à dire... Rennes et Veolia, c’est vraiment un bel exemple de relation durable.
Violette Michel
Retrouvez le reste de l’enquête du Clébard (à sa mémère) dans la version papier notamment un entretien avec Christophe Montgermont, syndicaliste viré de Véolia.

Commentaires
Le Clébard (à sa mémère) sera sur le salon Plumes Rebelles organisé à Rennes (Halles des Lices) par Amnesty International, les 3 et 4 février prochain. A bientôt!
J'apprécie beaucoup ce genre de discours, très enflammé, très persuasif, mais en réalité tellement manipulateur.
Je ferais deux précisions.
La première, je m'apperçois par expérience, que les communes qui désirent passer en Régis, c'est à dire sans l'intervention d'un prestataire de service, finissent toujours par revenir vers un prestataire de service.
Et deuxième remarque, qui suit la première, les communes reviennent aux prestataires de services parce qu'au final ça leurs revient bien moins chere.
Maintenant il ne faut pas confondre chiffre d'affaire et bénéfices, le chiffre d'affaire de VE pour 2006 est 11% plus élevé que celui de 2005 soit 26.8Md'€ de CA.
Sur ce CA 80% est réalisé à l'étrangé. Ah étrange coincidence, il ne fait pas son plus gros CA en France ce géant "mastodonte".
Offrir une qualité d'eau de plus en plus soumise à règlementation (dernier décret en date 2007-49) est dramatiquement couteuse. Offrir la possibilité de recycler nos déchets est aussi dramatiquement couteux. Alors oui VE réalise de gros bénéfices, mais au final, l'expérience, la qualification, la maîtrise est là. Par contre ce que l'on peut reprocher à ce géant c'est de sous payer ses employés, et c'est de là qu'elle tire ses supers profits, des salaires bas qu'elle reverse. Ce sont donc les salariers qui trinquent, et vous voudriez en plus qu'ils perdent leur travail, avec votre article de propagande et de désinformation?!
Revoyez vos sources Madame, et nous pourrons en reparler.
Bien respectueusement.
Vorapsis
Intéressant.
Ceci étant dit - et même si nous avons fait une enquête très approfondie durant laquelle nous n'avons cessé de recouper nos sources avant de sortir le numéro sur Véolia - Le Clébard s'énerve plutôt des relations troubles qu'entretient Véolia avec les décideurs politiques locaux et des pressions que sa direction fait peser sur ses salariés (ses représentants syndicaux par exemple) que de l'énormité de son chiffre d'affaire. D'autre part, pensez-vous que le chantage à la perte d'emploi est un argument qui soit vraiment à la hauteur? Vous dites vous-même que les salariés sont sous-payés et qu'il ne faudrait pas qu'en plus ils perdent leur emploi (à cause de notre prose...). En gros: mieux vaut être affamé que crever de faim? Bien sûr, mais c'est, vous en conviendrez, une drôle de société que vous nous proposez là.
Enfin, ce que vous qualifiez de propagande n'est que de l'écriture engagée. Bien entendu, ce n'est pas ce que la "Grande" presse écrit dans ses colonnes. Ah, étrange coïncidence, Le Clébard n'a pas de publicité à la gloire de Véolia sur sa 4ème de couverture... c'est peut-être pour ça que nous pouvons écrire de la "désinformation" parce que bien entendu les journaleux qui doivent attendre les investissements publicitaires des grandes multinationales pour recevoir leur chèque à la fin du mois n'écrivent pas, eux, de la propagande...
Salutations clébardesques,
Ouaf! Ouaf!
Frédéric Paulin, directeur de la publication
Il est faux de dire que les prestaires privés coûtent moins cher que les régies. C'est bien souvent le contraire. Voir l'exemple de Grenoble, très édifiant.
Quant à l'argument du chantage à l'emploi, il est d'autant plus mauvais que dans les villes où la gestion de l'eau est remunicipalisée, les employés aussi sont "remunicipalisés". Et ils ne s'en plaignent pas, bien au contraire !
J'ajouterai que la prose de Vorapsis ressemble à un catalogue publicitaire "offrir un quantité d'eau...", "offrir la possibilité de recycler nos déchets" ; à mon goût c'est là qu'est la vraie propagande et la désinformation.
Nicolas
Les méthodes de Véolia s'apparentent plus à celles de la mafia qu' à une simple entreprise. Christophe Montgermont, syndicaliste de Véolia Rennes s'est retrouvé quelques jours à l'hôpital pour avoir révélé des vérités qui dérangeaient fortement la multinationale sur la façon dont elle gère le "service public". Les cuves d'eau ne sont pas nettoyées de façon régulière, le réseau de distribution n'est pas entretenu tel qu'il devrait l'être dans les termes du contrat etc...
La vérité, c'est que les élus de la "gauche" rennaise se complaisent fort bien dans cette situation car Véolia sait se montrer bonne mère avec eux - des braves toutous à leurs maîtres.
De fait et de façon tout à fait logique, une régie ne peut qu'être moins chère pour le citoyen lambda qu'une délégation de service de service publique (DSP) pour une raison principale que voici :
Le but d'une entreprise est d'engranger le maximum de bénéfices et si Véolia s'accroche à Rennes, c'est qu'elle y trouve un intérêt particulier sans quoi elle aurait abandonné depuis longtemps la ville.
Mais que l'on se rassure, grâce à l'argent de nos impôts locaux et de notre facture d'eau, nous participons à la grande aventure de Véolia dans le monde et aussi à ses gabégies (Messier).
Dormez braves citoyens, les élus de la gauche rennaise et Véolia veillent sur vous.
Bien à vous...
Voilà maintenant plusieurs mois que je suis dans la société, et je tiendrais le même discourt, mais si j'approuve les votre. C'est effectivement une question que je me pose. Faut il accepter d'être payer une misère ou être au chaumage. En tout cas il faudrait pouvoir se battre plus librement. Veolia est effectivement un géant qui ne fait pas dans la dentelle. Mais ce n'est pas la seule boite à agir de la sorte. Je ne partage pas ses opinions ou ses engagements, mais je suis bien content de pouvoir me loger et me nourrir. Et qu'on ne vienne pas me dire d'aller voir ailleurs, car les autres sociétés comme la Lyonnaise ont la même sale qualité de travail en matière de gestion des réseaux.
Pour finir, l'histoire à montrer que les Regis finissent toujours par coûter plus chère au contribuable qu'un prestataire. Car il faut équiper et former le personnel, et ça coûte extrêmement chère. Et puis au final ces mêmes politiciens finissent par se mettre l'argent dans leurs poches. Alors à quoi bon juger les uns plus que les autres??? Au final c’est parce que Veolia est une grosse société qu’elle a les moyens de réparer ses erreurs, ce qui n’est pas le cas de petites entreprises moins scrupuleuses.
Vorapsis
Le fait d'interdire ouvertement toute concurrence privé sur le marché publique et de favoriser véolia prouve l'opacité des rapports entre les politiques et cette société. Véolia est une entreprise privé appartenant au milieu politique pour le marché publique. Comme un bordel appartient à la mafia. Ce qui explique tous! Le marché de l'eau nage en eau trouble. A quand un procès? pour cela il faut une enquête? et des juges qui n'ont pas peur pour leur vie. Comme par magie véolia vampirise tous le secteur publique et les marchés les plus rentables sans qu'il y ai de concurrence bizarre non? Pourquoi aucune entreprise privé ne peut travailler sur se secteur alors que la technologie est simple. Qui y a t il de compliquer à enfuir des déchets ou de nettoyer des villes ou de traité de l'eau? Le fait que les pouvoirs publiques interdises toute concurrence à véolia à deux impacts un financier le coût de l'eau et de graves problèmes de pollution.