Pas facile d’être à l’avant-garde quand on est une ville de province dans la France jacobine parisiano-centrée. Et pourtant Rennes relève le défi sans problème. Il y a un an, le gouvernement voulait écraser la jeunesse sous le joug d’un CPE annonciateur d’une énième régression sociale. La France se demandait si les jeunes allaient accuser le coup sans moufter comme leurs aînés l’avaient fait quelques mois plus tôt avec le CNE. Les médias pariaient sur un nouveau succès en force d’une droite inébranlable transformée en véritable rouleau compresseur depuis la présidentielle de 2002. Du coup, ça hésitait fort dans les campus. Jusqu’à ce que la fac de Villejean, à Rennes, se bouge. Grève, manifs, assemblées générales réunissant des milliers d’étudiants, puis construction d’un village autogéré place du Parlement, la ville s’est découverte fer de lance d’un mouvement qui a duré tout le printemps, et réussit ce qu’enseignants, fonctionnaires, électriciens et gaziers avaient raté : faire reculer un gouvernement de droite de l’après 2002.

Rennes à la tête d’un mouvement social d’ampleur nationale, ce n’est pas si fréquent. Mais ce n’est pas dû au hasard pour autant. Avec son fort contingent d’étudiants, la capitale bretonne affiche un visage juvénile, dynamique et ardent. Cette vitalité se retrouve dans beaucoup de secteurs : festif, culturel, associatif et militant. La richesse du tissu associatif rennais en est une conséquence indéniable. Bien sûr, le soutien des collectivités locales, et de la municipalité en particulier, a permis le développement de ce tissu associatif. Comme dans beaucoup d’autres villes. Mais à Rennes, il existe une kyrielle d’autres structures, peu ou pas aidées, préférant leur indépendance à une mise sous perfusion pour subventionnite aigüe. Et c’est souvent de ces structures que les plus belles surprises arrivent, loin des mondanités des gros festivals où le tout Rennes aime se pavaner, car c’est là qu’il faut être vu.

Patricia Loncle, chercheur à l’Ecole Nationale de la Santé Publique, a mené une enquête sur les jeunes formes de l’engagement associatif rennais. Elle s’est tout particulièrement intéressée aux associations récentes plutôt positionnées dans une forme d’alternative aux associations traditionnelles soutenues (et souvent) téléguidées par la municipalité ou la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles). Lors de cette enquête, elle a relevé quatre caractéristiques du monde associatif rennais : l’innovation des activités, l’amitié et la solidarité, la mise en avant de visions « alternatives » à la société dominante, et un attachement au territoire de la ville. Lors de son enquête, un militant associatif a ainsi relaté la création de son association : « On arrivait à la trentaine, on se retrouvait un peu bloqués dans ce qu’on voulait faire alors que, peut-être, les générations précédentes avaient réussi à le faire. Il y avait une espèce de frustration, de prendre part à la construction sociale, à la chose publique au sens propre du terme. C’était une manière de véhiculer des idées, d’essayer de faire changer un peu le monde ». De même, un autre militant explique : « Je pense que Rennes a de l’avance. J’en sais rien, je dis ça… Peut être que je fais « ouais, ma ville, c’est la plus belle des villes ! » mais bon… Oui, je pense qu’on a de la chance. Rennes c’est une ville qui permet ça. (…) C’est un grand tas d’activistes qui se rejoignent en disponibilité, affinité ».

Alors activistes de tous poils, rassurez-vous ! A Rennes, vous trouverez tout plein de gens comme vous. Ce dossier va vous guider dans votre recherche des lieux et des initiatives à découvrir. Sachant que la liste ne saurait être épuisée… Au cours de cette lecture, vous comprendrez que les commerçants ne sont pas tous poujadistes et vendus au sacro-saint culte de la rentabilité économique. Des librairies (Planète Io, Alphagraph…), des cafés-concerts (le 1929, Le Sablier, le Mondo Bizarro, le Sablier,…), des bars (Ramon & Pedro, le Scaramouche…) se battent pour promouvoir de nouveaux talents littéraires ou musicaux, et véhiculer une autre idée de la culture. Vous verrez aussi que les Rennais résistent : des collectifs se mobilisent car ils n’acceptent pas que les écoles deviennent le terrain de chasse de la police aux frontières.

C’est ça le Rennes qu’on aime... quand même...