Le slogan de cet univers social persistant : « Your world Your imagination ». En effet, la nouveauté de Second Life par rapport aux précédents mondes virtuels en ligne est la possibilité offerte aux résidents de créer leur propre univers. Les résidents peuvent construire leur maison, gonfler la plastique de leur avatar... S’il est possible d’accéder au jeu et de s’y déplacer sans payer, tout n’est pas gratuit ! Pour devenir propriétaire il faut un compte premium : 10$ par mois. Pour ce tarif vous êtes possesseur d’une petite parcelle de 512 m² qui vous donne le droit d’utiliser 112 cubes, cônes ou autres volumes qui serviront à créer vos objets virtuels. Les suivants seront payants. Second Life est une économie en marge mais bien reliée à l’économie réelle. Les résidents, 3 500 000 actuellement, possèdent les droits sur la propriété intellectuelle de leurs créations, ils peuvent donc les commercialiser à l’intérieur voir à l’extérieur du jeu ! Et sur quelle valeur repose ce nouvel eldorado ? Sur le Linden ou L$ la monnaie locale. Le change est d’environ 1$ US pour 270 Linden$ selon LindeX, la bourse de Second Life.

Evidemment, un tel monde où s’échangent plus d’1 million de $ US chaque jour ne pouvait laisser indifférents nos requins du monde réel. Après les pionniers créatifs et avides d’échanges (« sociolize »), affluent les businessmen et les marketteurs de tout poils à la recherche d’affaires juteuses et de panel pour tester les produits des grandes marques… Cette agitation attire les médias qui s’intéressent moins aux enjeux technologique et social de ce deuxième monde qu’à l’arrivée des grands acteurs du monde réél dans SL. En effet, il ne se passe pas une semaine sans que soit annoncée l’ouverture d’une ambassade (Suède), la  possibilité de suivre des cours de droits (Harvard), ou la présentation en exclusivité mondiale de la nouvelle Toyota (Scion). Pour répondre à cette nouvelle manne d’infos croustillantes, Reuters vient de créer un bureau virtuel et un correspondant permanent s’intéressant exclusivement à l’actualité SL ! Evidemment, bouclant la boucle de cette drôle de chaîne alimentaire qui ressemble de plus en plus à la vraie life, les partis politiques, comme le FN et le PS, investissent ce nouvel espace en y ouvrant des bureaux pour bénéficier des retombées médiatiques. Le clébard qui s’est téléporté sur l’ile de Bretton QG socialiste sur SL, a demandé au staff du comité 748 (les membres gardent leur  identitée secrète) l’intérêt d’être présent dans ce monde virtuel essentiellement composé d’anglophone (13% de français) et technophile. C’est pour paraître moderne, assurer le plan média ?  Stéphane Deschanel, l’avatar qui nous reçoit, dément :  « Il est vrai que certains accusent Ségolène Royal d'avoir voulu faire un coup de pub, un coup marketing, de suivre la mode... Il faut préciser que cette initiative est celle de militants socialistes, par la suite, elle a reçu le soutien amical de Ségolène, qui a apprécié ». Pourtant, l’achat de l’ile, la construction d’un ensemble aux normes hautes qualités environnementales, et l’inauguration par Ségolène de ce 748ème comité désir d’avenir dans une video diffusée sur DailyMotion, semble à l’évidence porter la marque de conseil en marketing. Si le but avoué est de rencontrer l’électorat, de « libérer la parole », de « rapprocher la politique du citoyen », le pari sera difficile à tenir : dans un lieu où chacun est caché derrière son avatar lors de conversations endiablées en langage SMS, difficile d’entendre des propositions audibles et exploitables…