L’endroit est déjà passablement glauque mais il serait au milieu d’un paysage de carte postal que ça ne changerait rien : les alentours du lieu dit Le Reynel où se trouve le Centre de Rétention Administratif de Saint-Jacques de la Lande sont la dernière image qu’emportera l’étranger en situation irrégulière qui y passera. L’endroit qui couvre près de 3000 m² doit pouvoir héberger une soixantaine de ces candidats forcés au  départ, le temps que soit émis un arrêté préfectoral de reconduite aux frontières (APRF), un coup de pied au cul en terme administratif.

Le CRA de Rennes-Saint-Jacques est un peu le bébé de Nicolas Sarkozy que notre fameuse ex-préfète Bernadette Malgorne a porté sur les fonds baptismaux. En 2004, le ministre de l’Intérieur de l’époque avait en effet  promis « d’ouvrir 300 places [de rétention] supplémentaires sur le territoire ». La dépositaire de l’autorité de l’Etat en région, la préfète d’alors, pestait depuis longtemps face aux lenteurs de l’administration. « Il y a eu une phase de flottement mais je suis montée au créneau », déclara-t-elle pourtant lorsque les travaux débutèrent. On sait depuis le glorieux chemin que lui a ouvert l’accession à l’Elysée de son mentor mais l’œuvre de Bernie a continué à s’épanouir sans elle. Le 2 août dernier, les murs sentaient encore la peinture, les jeux de plein air pour les enfants sentaient encore le neuf et ça commençait à sentir franchement mauvais pour les étrangers en situation irrégulière, le centre ouvrait ses portes. 

Selon certaines sources proches du collectif Mali-Montfort qui défend des travailleurs en situation irrégulière (voir l’article sur les Maliens de Montforts), il y aurait déjà 58 places d’occupées sur les 60 prévues en tout. Après deux mois d’ouverture, ce chiffre tiendrait lieu de record si l’on ne devait pas s’inquiéter de l’empressement de l’administration française à peupler ces lieux. Quant on sait la surpopulation des prisons de l’hexagone et les drames qu’elle provoque, on imagine aisément que bientôt on s’apercevra que les centres de rétention, eux aussi, dépassent leur capacité d’accueil. Le Réseau Education Sans Frontière (RESF) alerte déjà : samedi 22 septembre, une tentative de suicide a eu lieu (un homme s’est lacéré un bras) et la veille, un retenu s’est fait la belle. « Certains membres des forces de l’ordre qui surveillent le centre se sont dis choqués. Surtout par la présence d’enfants : une petite fille de 9 ans et un garçon de 3 ans sont restés enfermés avec leurs parents. Actuellement, il y a un bébé roumain de 2 mois...» . Pour le coup, les gendarmes en charge de la garde du CRA ne seraient pas tellement à l’aise avec leurs nouvelles fonctions. « Avec eux les relations quotidiennes sont plus agréables», confie même une avocate du barreau de Rennes spécialisée dans la défense des sans-papiers. « Ca se passe mieux qu’avec la Police aux Frontières qui nous met constamment des bâtons dans les roues. »

Seuls les avocats et la CIMADE (Comité intermouvements auprès des évacués), une association qui apporte une aide juridique aux sans-papiers, sont autorisés à intervenir à l’intérieur du centre. RESF et le Collectif de soutien aux sans-papiers n’ont pas le droit d’y pénétrer.

Le 12 septembre dernier, le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du... Co-développement, le très fidèle Brice Hortefeu s’est exaspéré de voir le nombre d’expulsions d’étrangers « légèrement en dessous » de l’objectif des 25000 reconduites à la frontière fixé par Nicolas Sarkozy.

Les centres de rétention administrative risquent donc de pousser plus vite que des champignons sous la rosée nocturnes de la fin d’été. Mais il ne faut pas s’en attrister : quand le bâtiment va, tout va, ma bonne dame !