Centre de Rétention Administratif : On affiche complet
Par Laguérite le samedi 13 octobre 2007, 18:50 - A rennes - Lien permanent
Il n’aura pas fallu deux mois pour que les capacités d’accueil du
Centre de Rétention Administratif de Saint-Jacques de la Landes, près de
l’aéroport de Rennes, soient dépassées. Et pourtant, la barre des 25 000
expulsions de sans-papiers par an, affichée par Nicolas Sarkozy et diligemment
relayée par son ministre à l’Identité Nationale, Brice Hortefeux, n’a même pas
été atteinte. Mais le zèle de l’administration française n’est plus à prouver.
L’endroit est déjà passablement glauque mais il serait au milieu d’un paysage de carte postal que ça ne changerait rien : les alentours du lieu dit Le Reynel où se trouve le Centre de Rétention Administratif de Saint-Jacques de la Lande sont la dernière image qu’emportera l’étranger en situation irrégulière qui y passera. L’endroit qui couvre près de 3000 m² doit pouvoir héberger une soixantaine de ces candidats forcés au départ, le temps que soit émis un arrêté préfectoral de reconduite aux frontières (APRF), un coup de pied au cul en terme administratif.
Le CRA de Rennes-Saint-Jacques est un peu le bébé de Nicolas Sarkozy que notre fameuse ex-préfète Bernadette Malgorne a porté sur les fonds baptismaux. En 2004, le ministre de l’Intérieur de l’époque avait en effet promis « d’ouvrir 300 places [de rétention] supplémentaires sur le territoire ». La dépositaire de l’autorité de l’Etat en région, la préfète d’alors, pestait depuis longtemps face aux lenteurs de l’administration. « Il y a eu une phase de flottement mais je suis montée au créneau », déclara-t-elle pourtant lorsque les travaux débutèrent. On sait depuis le glorieux chemin que lui a ouvert l’accession à l’Elysée de son mentor mais l’œuvre de Bernie a continué à s’épanouir sans elle. Le 2 août dernier, les murs sentaient encore la peinture, les jeux de plein air pour les enfants sentaient encore le neuf et ça commençait à sentir franchement mauvais pour les étrangers en situation irrégulière, le centre ouvrait ses portes.
Selon certaines sources proches du collectif Mali-Montfort qui défend des travailleurs en situation irrégulière (voir l’article sur les Maliens de Montforts), il y aurait déjà 58 places d’occupées sur les 60 prévues en tout. Après deux mois d’ouverture, ce chiffre tiendrait lieu de record si l’on ne devait pas s’inquiéter de l’empressement de l’administration française à peupler ces lieux. Quant on sait la surpopulation des prisons de l’hexagone et les drames qu’elle provoque, on imagine aisément que bientôt on s’apercevra que les centres de rétention, eux aussi, dépassent leur capacité d’accueil. Le Réseau Education Sans Frontière (RESF) alerte déjà : samedi 22 septembre, une tentative de suicide a eu lieu (un homme s’est lacéré un bras) et la veille, un retenu s’est fait la belle. « Certains membres des forces de l’ordre qui surveillent le centre se sont dis choqués. Surtout par la présence d’enfants : une petite fille de 9 ans et un garçon de 3 ans sont restés enfermés avec leurs parents. Actuellement, il y a un bébé roumain de 2 mois...» . Pour le coup, les gendarmes en charge de la garde du CRA ne seraient pas tellement à l’aise avec leurs nouvelles fonctions. « Avec eux les relations quotidiennes sont plus agréables», confie même une avocate du barreau de Rennes spécialisée dans la défense des sans-papiers. « Ca se passe mieux qu’avec la Police aux Frontières qui nous met constamment des bâtons dans les roues. »
Seuls les avocats et la CIMADE (Comité intermouvements auprès des évacués), une association qui apporte une aide juridique aux sans-papiers, sont autorisés à intervenir à l’intérieur du centre. RESF et le Collectif de soutien aux sans-papiers n’ont pas le droit d’y pénétrer.
Le 12 septembre dernier, le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du... Co-développement, le très fidèle Brice Hortefeu s’est exaspéré de voir le nombre d’expulsions d’étrangers « légèrement en dessous » de l’objectif des 25000 reconduites à la frontière fixé par Nicolas Sarkozy.
Les centres de rétention administrative risquent donc de pousser plus vite que des champignons sous la rosée nocturnes de la fin d’été. Mais il ne faut pas s’en attrister : quand le bâtiment va, tout va, ma bonne dame !

Commentaires
Pour infosupplémentaire, cet article paru dans Libération récemment :
"La cour d'appel de Rennes a condamné le placement en garde à vue d'un bébé moldave de trois semaines, dans le cadre d'une procédure d'expulsion. «Un traitement inhumain et dégradant», selon la cour.
Liberation.fr avec Reuters
LIBERATION.FR : jeudi 25 octobre 2007
Un «traitement inhumain et dégradant.» C'est ainsi que la cour d'appel de Rennes a considéré le placement en garde à vue, puis en rétention administrative, d'un bébé moldave de trois semaines, dans le cadre d'une procédure d'expulsion, qu'elle a condamnée.
Irina Orlovscaia et Ian Breneanu, les parents de Kyrin, né le 26 septembre dernier, vivent à Gien, dans le Loiret, depuis 2006. Ils ont fait une demande de statut de réfugié politique, qui leur a été dans
un premier temps refusée. Et devaient avoir une nouvelle audience en novembre. Le 17 octobre, les gendarmes les arrêtent. Ils sont placés en garde à vue à la gendarmerie pendant huit heures et 50 minutes. Et
sont ensuite transférés au centre de rétention de Saint-Jacques-de-la Lande, près de Rennes.
Dans son arrêt rendu mardi, révélé par la radio France Info deux jours plus tard, la cour d'appel a estimé que «le fait de maintenir dans un tel lieu (le centre de rétention-NDLR), une jeune mère de famille, son mari et leur bébé âgé de trois semaines, constitue un traitement inhumain au sens de (...) la Convention européenne des droits de l'homme.» La cour d'appel de Rennes, souligne «la grande souffrance morale et psychique infligée à la mère et au père par cet enfermement avec le nourrisson», dont la durée de détention demandée par le préfet, soulignent les juges, était de 15 jours. Une souffrance «manifestement
disproportionnée au but poursuivi, la reconduite à la frontière des époux». La famille a été libéré le soir de l'arrêt, en pleine rue avec leurs effets personnels, rapporte la presse locale. Pour sa défense, le préfet du Loiret, qui a maintenu la procédure d'expulsion, a soutenu que la détention du bambin était conforme au
droit, car le centre de rétention est, selon lui, équipé pour l'accueil des familles.
Cette affaire intervient en pleine controverse sur la politique d'immigration menée par le gouvernement, qui a fixé des objectifs chiffrés d'expulsion et recommande officiellement aux préfets d'insister sur ces procédures pour les atteindre. L'objectif pour 2007est de 25.000 expulsions."