N°17 Sans-papiers : la chasse est ouverte
Par Laguérite le samedi 13 octobre 2007, 18:51 - Dossier du mois - Lien permanent
Les contrôles d'identité s'intensifient et les centres de rétention fleurissent un peu partout. Quand bien même un chiffre annuel de 25 000 expulsions a été fixé comme objectif par Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, son ami de 30 ans et récemment ministre de l'identité nationale, les autorités administratives parlent elles pudiquement « d'aide au retour ». On souhaite faire diminuer les morts sur les routes et tout aussi rationnellement, on veut augmenter les reconduites à la frontière. Sans complexe. Désormais, on évoque le terme de rafles, celles qui poussent les étrangers en situation irrégulière à vivre comme s'ils étaient en cavale. Même les membres des forces de l'ordre se disent choquées par le développement du « délit de faciès ». A Rennes, comme partout en France, la chasse aux sans-papiers est désormais ouverte.
Dans les années 60, la France et ses grandes industries dépêchaient leurs émissaires dans les anciennes colonies pour y recruter la main d’œuvre qui faisait défaut sur les chaînes des usines. Bon an, mal an, la société française s’accommodait de ceux que l’on désignait comme les « travailleurs immigrés. » Dès la fin des années 70, ils n’étaient plus que des « immigrés. » En 1980, les édiles de Vitry-sur-Seine, membres d’un parti se réclamant des travailleurs, faisaient même donner les bulldozers contre un foyer Sonacotra hébergeant des Maliens.
Au début de l’été 2007, le président de la République en personne s’en est allé démontrer aux africains qu’ils étaient responsables de leur condition. Qu’ils s’en sortent donc eux-mêmes, mais sans sortir de chez eux, comme les pauvres chez nous invités à créer leur entreprises pour qu’on n’ait plus à les « assister ».
Entre temps, de discours populistes en rodomontades racistes, le Front National a pollué la vie politique pendant plus de 20 ans et il n'est pas encore mort. Assurément, il n'a pas dit son dernier mot puisque ses thèses sur l'immigration, après avoir contaminé tout le corps politique, structurent toujours le débat. Nous avons ainsi appris par Laurent Fabius, alors chef du gouvernement, que l'immigration était une bonne question mais que les réponses apportées par le Front National étaient mauvaises. Nous avons également découvert que les charters ne transportaient pas que des touristes en goguette. Un autre Premier ministre a expliqué que la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde, avant qu'un futur président ne fît dans la parabole vulgaire pour s'adresser au travailleur français qui ne supportait plus le bruit et l'odeur.
La législation a accompagné le verbe dévoyé et s'est durcie, catégorisant, désignant à la vindicte et, in fine, actualisant la bonne vieille parade du bouc émissaire en période de vaches maigres. Politique assumée et revendiquée par la droite, avant même qu'elle ne soit décomplexée. La gauche de gouvernement, quant à elle, tergiversait, s'enhardissant à réformer les lois Pasqua-Debré pour ne pas avoir à les abroger. Elle restait et demeure paralysée par le dilemme dans lequel elle s'est enfermée initialement : l'immigration est un problème et les réponses apportées par la droite et/ou l'extrême droite sont mauvaises. Ce faisant elle reste prisonnière d'une problématique créée et entretenue par ses adversaires, à leur entier bénéfice.
De fait, un consensus s'établit présentant l'immigration comme un problème qui se pose à la société et auquel il faut remédier coûte que coûte. Hormis à la gauche de la gauche, on ne la considère pas comme une réalité avec laquelle composer. Et avec laquelle on compose déjà. Car, par-delà les expulsions médiatiques qui déshonorent une démocratie par ailleurs portée au pinacle, par-delà les opérations de basse police et même les rafles, la source ne se tarit pas. En effet, que peut un gouvernement, quel qu'il soit, face à des femmes et des hommes poussés par une misère sans nom ? Des femmes et des hommes prêts à mourir de faim dans un contener sur un cargo, prêts à tenter leur chance dans le train d'atterrissage d'un avion de ligne, prêts à braver l'océan sur des radeaux de fortune ou à se jeter sur des barrières de fils barbelés.
Face à ces réalités, le discours paternaliste aux relents racistes adressé par un Sarkozy à « l'homme noir » est non seulement odieux mais dérisoire. Tout comme la campagne de communication initiée récemment par le gouvernement espagnol dans les pays de départs pour tenter de dissuader les candidats à l'exil.
Surtout, ces gesticulations permettent aux pays riches de fuir leurs responsabilités. Historiquement, leur prospérité prend sa source dans l'esclavage, puis l'exploitation des peuples colonisés comme main d'œuvre à bon marché, tandis que leurs ressources naturelles étaient pillées. Mais s'il ne s'agissait encore que du passé. La saignée des pays du Tiers Monde se perpétue dans les rapports de domination et de sujétion. Tant que les pays riches maintiendront dans la misère des populations entières, ces dernières n'auront comme seul espoir que l'exil. Au risque d'enfoncer une porte ouverte, il est salutaire de rappeler que ce n'est pas l'immigration qui constitue un problème, mais la misère matérielle et morale.

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