Les élus de la région en sont restés pantois. Malgré la déclaration d’une Bretagne sans OGM, deux parcelles de maïs génétiquement modifié de l’industriel semencier Monsanto ont été cultivées en Ille-et-Vilaine. Une autre parcelle a été déclarée dans le Morbihan. « Au regard des petites surfaces semées (0,5 et 1,20 hectares), il est difficile de savoir s’il s’agit d’essais ou bien d’une pure et simple provocation vu l’opposition massive des consommateurs à voir les OGM débarquer dans leurs assiettes », s’interroge Maurice, agriculteur.

Essais ou provocation, ce qui est certain, c’est que depuis cette année, la culture de ce maïs manipulé pour résister à un insecte nommé pyrale, est devenue tout à fait légale. Le MON810, est actuellement le seul maïs OGM autorisé à la culture en Europe. Il a été conçu dans les laboratoires de la firme Monsanto, créatrice du tristement célèbre agent orange utilisé pendant la guerre du Vietnam et de la gamme de pesticides Round Up.

Jusqu’en 2004, le moratoire européen sur la culture des OGM maintenait un statu quo allant dans le sens des 86% de consommateurs français opposés à la présence d’OGM dans leur alimentation. La fin du moratoire et la lenteur de la France à traduire les directives européennes pour encadrer ces cultures aux conséquences encore méconnues, a laissé le flou le plus total s’installer. Des champs d’OGM ont ainsi fleuri, dès 2006, dans le sud de la France sans qu’aucune loi ne viennent définir leur légalité. Ni leur illégalité.

Depuis mars, la donne a changé. « Plutôt que de mettre le sujet  de la culture des OGM en débat à l’assemblée nationale, le gouvernement a préféré opter pour la parution de trois décrets autorisant leur culture en plein champ, sapant ainsi le débat démocratique », constate, amer, un membre du collectif  local sans OGM. Le contenu des décrets est simple : obligation de déclaration du semis auprès des services de l’Etat et promesse de publier sur Internet une carte indiquant la localisation de ces parcelles. De fait, la culture du maïs génétiquement modifié est légalisée. En revanche, rien n’est dit sur les distances d’isolement à respecter pour ne pas polluer les champs voisins. Si ce n’est le communiqué de presse du ministère qui « invite » les producteurs à respecter une distance de 50 mètres.

Fin juin, l’Etat a tenu sa promesse. La localisation a bien été réalisée, mais à l’échelle des seuls cantons. Une aberration pour plusieurs maires de communes qui ont participé à des réunions d’information à Redon et Hédé. « Ils se sentent dépossédés du droit de savoir si leur village est concerné et sont privés de la possibilité de répondre à des habitants qui ne soutiennent pas le développement des cultures d’OGM », expliquent une des organisatrices de ces réunions. Plus directement concernés, les agriculteurs qui ne souhaitent pas pratiquer une agriculture génétiquement modifiée sont dans l’incapacité de savoir si leurs champs risquent ou non une contamination. Chez les agriculteurs bio, qui paient chaque année pour être contrôlés et certifiés, c’est la colère : « Non seulement, on nous retire le droit de pratiquer une agriculture indemne d’OGM, mais en plus, rien n’est prévu dans le cas d’une contamination qui nous ferait perdre notre certification en AB. »

Préservation de la biodiversité végétale, droit de refuser la présence accidentelle d’OGM dans les cultures, dans l’alimentation animale et dans les assiettes, les arguments ne manquent pas chez les opposants aux organismes génétiquement modifiées.

Depuis fin juin, les actions n’ont pas manqué dans le département. Citoyens, agriculteurs et militants se sont réunis pour agir. Les signatures de pétition pour le retour du moratoire - tel que l’ont fait l’Allemagne, la Hongrie, l’Autriche, la Grèce, etc - ont fait florès. Courriers au ministère de l’Agriculture, à la Préfecture de Région, à la direction régionale de l’Agriculture et des Forêts,  rencontres dans les directions départementales pour connaître la localisation exacte de ces champs... Rien n’y fait. Les réponses se limitent à la parfaite récitation du cadre réglementaire. Les décrets stipulent que l’information sur les sites se fait au niveau cantonal. Aucune indication permettant de localiser plus finement ces parcelles n’a filtré. Une pratique certes bonne pour la vénéneuse rumeur, mais bien mauvaise pour le droit de savoir si ces OGM rentreront dans la chaîne alimentaire ou s’ils viendront polluer des parcelles alimentaires voisines.

Le débat ne devrait pas manquer de marquer le Grenelle de l’environnement. Le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a laissé entendre qu’une interdiction de vente des semences OGM n’était pas exclue.

A défaut de savoir si les amoureux en balade estivale ont batifolé au milieu d’organismes génétiquement modifiés, le Grenelle aura au moins le mérité de dévoiler au grand jour la nature du gène Barnier-Borloo. Reste à savoir s’il aura ou non été modifié pour développer une résistance politique à l’agriculture productiviste !