Dis donc, François-Régis, qu’est-ce que t’as racheté, comme canards, ces derniers temps ! Mais pourquoi ils ne s’appellent pas tous Ouest-France ?

L’illusion du choix est utile à la paix sociale. A partir du moment où les grands groupes contrôlent le contenu rédactionnel, il n’y a que des avantages à conserver les petits titres. Les lecteurs se les approprient et s’y identifient plus facilement…

 

Par contre, les journaux indépendants te sautent pas au cou…

Et pourtant, se mettre sous la coupe d’un grand permet de perdurer : il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé pour Presse Océan, le Maine libre et autres que nous avons rachetés: ils subsistent ! Et pour cause : le  groupe SIPA/Ouest-France est un groupe très pro. C’est déjà  un opérateur majeur de presse gratuite d’information, via SofiOuest. Cette filiale contrôle le groupe Spir (journaux d’annonces) et est actionnaire du quotidien 20 Minutes ! Le groupe est présent dans la radio ou les télés locales et la presse hebdomadaire régionale ! Fin 2007, il devrait réaliser un chiffre d’affaires stable  de 1,12 milliard d’euros ! Ca met du beurre dans les épinards, non ?

 

Certes… même si, en contrepartie de leur survie, ils font allégeance à leur seigneur…

Mais non, il n’en est même pas question ! Ils sont libres !  Comme je disais déjà en 1995, « chaque journal [doit] faire la meilleure information possible, en choisissant ses sujets, ses orientations, dans la seule limite du cadre éthique et déontologique de Ouest-France et de la profession.» C’est comme en politique : les membres du PS qui sont entrés au gouvernement continuent de choisir leurs orientations politiques… dans le cadre éthique et déontologique de l’UMP.

 

Mais n’est-il pas imprudent de permettre l’expression d’une telle diversité d’opinions ?

C’est préférable si on ne veut pas entendre fustiger la pensée unique, voire crier à la dictature ! Par exemple, en 1999, lors d’une tentative de rachat de titres de l’ancien groupe Hersant, de mauvaises langues m’avaient accusé de vouloir exercer une hégémonie sur la presse de l’Ouest. Pour calmer le jeu, j’avais alors inventé l’expression « pluralisme atténué ». Ca c’était un coup de maître. Et je me suis posé en sauveur de la presse menacée. Après tout, justifier une prise de pouvoir sur tous les titres concurrents par l’argument de la défense du pluralisme, c’est aussi candide qu’admirer l’élan démocratique qui permet l’élection d’un Sarkozy, non ?

 

Très cher, il est louable que Ouest France se défende d’exercer toute pression ou censure, mais toute cette pensée divergente chez les journalistes… On ne peut tout de même pas laisser des précaires faire la pluie et le beau temps !

Il y a toujours des moyens de ramener les brebis égarées dans le droit chemin. Comme dirait l’autre : « Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font ». Les conseils paternalistes se font parfois très persuasifs et la précarité a cela de bon qu’elle met du plomb dans la   cervelle : un sain dénuement favorise le pragmatisme et aiguillonne la raison.

 

Il est vrai que le pauvre peuple de France a bien besoin de guides charismatiques. Encore faut-il que ceux-ci soient bien entourés. Il est donc compréhensible que les postes à responsabilité soient confiés à des personnes de confiance (amis ou famille). Mais les mauvaises langues (encore elles...) parlent alors d’oligarchie…

Tsss ! A tous ceux qui se verront insulter de la sorte, je conseille de citer une de mes réponses inspirées : « Nous devons nous défendre... Dans cette affaire, nous sommes des victimes de la faiblesse des autres. Elle nous conduit à une concentration que nous ne voulions pas... »

 

Mais la reconnaissance par la loi de l’indépendance des équipes rédactionnelles vis-à-vis des propriétaires des entreprises de presse est réclamée par toute la profession. Pensez-vous que les pouvoirs publics vont pouvoir résister longtemps…

Ecoutez, mon petit, dans pas très longtemps, ça va être la Toussaint. Si vous avez un brin de jugeote, vous ferez un article sur les chrysanthèmes, plutôt que sur la liberté de la presse ; ce qu’attend le peuple, c’est de la proximité !