Fannytastic, une et/ou multiple !
Par Laguérite le samedi 22 décembre 2007, 18:06 - Musique - Lien permanent
Le nouvel album de Fannytastic est l’agréable surprise de cette fin
d’année. D’abord parce que la chanteuse rennaise renouvelle avec brio une
chanson française qui s’endormait quelque peu sur ses lauriers. Et puis, surtout
parce que ses paroles, sa musique et particulièrement sa voix - alternant le
grave et l’aigu avec une maîtrise étonnante -, paraissent bien être la marque
d’une artiste qui devrait bientôt accéder à une reconnaissance nationale. Si ce
n’est déjà fait.
Comment es-tu venue à la musique ? Quelle a été ta première expérience du public ?
J’ai toujours aimé chanter. Petite, je chantais Madonna pour mes copines. Mais c’est lorsque je suis venue étudier à Rennes que le déclic a eu lieu.
En fait, je fréquentais un pub dans la rue Saint-Malo, le Mc Cartan’s. Anthony, le patron, qui était également musicien [ndlr : membre du groupe The Churchfitters] m’avait entendu chanter et il m’a poussé à participer aux bœufs qui avaient lieu dans son bar chaque dimanche soir. Un jour, je ne sais pas pourquoi, je me suis lancée. J’ai interprété « Diamonds Are A Girl's Best Friend » de Marilyn Monroe. Ca a été une révélation pour moi.
C’est aussi Anthony qui m’a procuré un accordéon. J’avais fait une dizaine d’années de piano et en changeant d’instrument, j’ai pu écrire mes chansons. Au piano, je ne me serais peut-être jamais risquée à composer. Par la suite, j’ai fait un peu la manche devant des terrasses, à Cancale surtout. Ce n’était pas un exercice très évident.
A cette époque, tu commences donc à être Fannytastic ?Avec Anthony Mc Carthan, on a commencé
à jouer en duo. On s’appelait déjà Fannytastic. Et puis, j’ai commencé à me
produire toute seule. Là, j’ai fait la première partie de la Tordue et j’ai
enregistré un quatre titres qui m’a valu les encouragements de certains
artistes, Thomas Fersen par exemple. En 2001, je suis allée en finale nationale
du tremplin des Jeunes Charrues mais je suis arrivée deuxième. En 2002, j’ai
fait la première partie de Vincent Delerm à la Cigale à Paris.
Et puis en 2005, sort ton premier album « La la la ». L’accueil a été plutôt enthousiaste. On disait que c’était « pop, léger, touchant, gai et féminin », ça te va toujours ?
Il y a deux jours, je l’ai
réécouté. Honnêtement, j’étais un peu tendue. Je ne le renie pas du tout mais
je trouve que j’ai parcouru du chemin depuis.
Pour l’anecdote : en 2006, tu es lauréate de la fondation Lagardère. C’est le genre de distinction que l’on traîne comme une casserole ?
Un jour, on a reçu un mail, un appel
à candidature pour la bourse de cette fondation. On y a répondu un peu en
rigolant et il se trouve que j’ai été retenue. Dans le jury, il y avait des
gens comme Alain Chamfort et Vladimir Cosma, mais aussi Jean-Louis Brossard
[ndlr : le patron des Transmusicales à Rennes]. Il y a effectivement des
gens qui m’ont dit que je prenais de l’argent à un marchand d’armes. Je le sais
bien et les Lagardère et compagnie sont loin d’être mes poteaux, ce ne sont
vraiment pas des gens que j’apprécie. Mais l’argent, ça dépend ce que tu en
fais. Moi, ça m’a servi à enregistrer « Plusieurs » et c’était ça le
but. Et puis, on peut discuter du caractère propre de cet argent mais affirmer
que l’argent des entreprises privées est plus sale que l’argent du public, ce
n’est peut-être pas forcément vrai. L’Etat français vend aussi des armes.
Ton dernier album, « Plusieurs », est la preuve d’une vraie évolution. Ta voix, particulièrement, a tellement changé qu’à la première écoute du premier morceau, on a même l’impression que quelqu’un d’autre chante avec toi.
L’année dernière, dans le cadre
du Caboulot, un cabaret un peu déjanté à base d’improvisations qui s’est
déroulé pendant trois jours aux Ateliers du Vent, j’ai interprété Mina, un
fantôme avec cette voix grave. Quelques temps auparavant, en essayant
d’enregistrer des chœurs d’hommes, j’avais découvert que j’étais capable de
chanter dans des tonalités très basses. Ca a complètement changé ma façon
d’écrire. Peut-être que c’est aussi arrivé à un moment où je n’étais pas très
bien mais je me suis permis des choses plus sombres, des sentiments comme la
colère ou la tristesse que je n’aurai sans doute pas exprimés avant. L’histoire
de ce fantôme, ça a donné lieu à La Marié, une des chansons de l’album.
Ta musique également est plus maîtrisée, plus aboutie. Il y a un retour du piano et les arrangements sont parfois surprenants.
Les musiciens avec qui je joue
[ndlr : Régis Boulard, batteur, Louis Soller, guitare et basse, Daniel
Paboeuf, saxophone, Christian Lechevretel, cuivres] insufflent un côté non
formaté aux musiques que j’écris. Je crois que ce sont eux qui réussissent à
faire décoller mes chansons. D’ailleurs, jusqu’à cet album, l’influence des artistes
que j’aimais, comme Bjork ou Robert Wyatt, par exemple, ne se retrouvaient pas
dans mes compositions.
Et l’avenir ?
Il faut qu’on tourne pour faire
vivre Plusieurs. Mais en musique, tout devient compliqué. Il est de plus en
plus difficile d’avoir une maison de disques et d’être distribué. Il y a dix ou
quinze ans, on pouvait avoir une vie de groupe peinarde. Mais maintenant, il
faut faire du chiffre, être rentable. Ce n’est pas forcément une bonne chose
pour la créativité.
Fannytastic, « Plusieurs » (label : Pudding / distributeur : Anticraft)

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