N°18 Merde in Fac… Ca bouge en Sarkozie
Par Laguérite le samedi 22 décembre 2007, 18:21 - Dossier du mois - Lien permanent
Le président de l’Université de Rennes II, Marc Gontard, sans aucun
doute mécontent de ne pouvoir dès à présent profiter de l’autonomie promise par
la loi LRU (Liberté et Responsabilité des universités) dite loi Pécresse, a
subtilement stigmatisé les étudiants bloqueurs en les qualifiant de Khmers
rouges. Les médias eux n’ont cessé de relever combien les grévistes leur voulaient
du mal. D’ailleurs les grévistes qui sévissaient dans les transports en commun
ces derniers temps sont devenus des preneurs d’otages d’usagers – ces derniers
répétant d’ailleurs leur agacement à être « pris en otage ». Le
message est désormais clair : Soyez mécontents, s’il vous en dit, mais
faites le savoir uniquement dans les limites d’une concertation autour d’une
table, entourée de caméras et de micros, avec des grands sourires courtisans et
des responsables politiques ou syndicaux heureux d’être parvenus à un accord
qu’ils sont les seuls à percevoir. Mais n’allez surtout pas empêcher le bon fonctionnement
des institutions et du train-train quotidien sous peine d’être décréter
antisocial. Ou comment le gréviste est devenu, au choix, un privilégié ou un
terroriste minoritaire.
Alors que les mouvements sociaux sur les facs et dans les dépôts des transports en commun semblent s’éteindre, on peut s’estimer heureux d’avoir échappé à un scénario tatchérien. Margaret Thatcher, au début des années quatre-vingts avait ainsi décapité le syndicalisme anglais en refusant de céder dans un bras de fer homérique qui l’opposait aux mineurs. Car il faut bien reconnaitre les dangereuses similitudes entre la manière de négocier des ministres sarkozystes et des conservateurs britanniques ou des néolibéraux de toute sorte : diviser pour mieux régner.
Surtout, il est important de souligner combien ce mouvement social a constitué le premier frein à l'omnipotence de Sarkozy : enfin, des acteurs sociaux se posent en face du césarisme du président français. La relation directe qu'il revendique avec l'électorat a été battue en brèche. Il ne peut plus se contenter d’arguer des 53% de français qui ont voté sur son nom au second tour de la présidentielle pour gouverner sans concertation.
Fort heureusement il reste des instances de médiation qui sont autant d'outils pour une possible résistance. Des syndicats qui ont réussi à mobiliser un nombre imposant de manifestants - ils étaient près de 20 000 à Rennes, le 20 novembre dernier – et qui ont parfois envoyé paitre leurs dirigeants convaincus de faiblesse à l’égard du gouvernement. Des partis ont solidifié leur enracinement dans une posture de résistance au démantèlement des acquis sociaux : chez certains Verts, à la LCR, du côté de LO et même dans une partie du PCF, l’action l’a emporté sur les querelles de chapelle dans lesquelles l’opposition parlementaire s’enlise depuis si longtemps. A voir, pour se fendre la pipe, les déclarations « responsables » de l’éternel second du PS, Juju Dray, contre le blocage des universités. Enfin, minoritaires ou non (mais est-ce là le fond du problème ?), des étudiants décidés ont une nouvelle fois (on se souvient du mouvement contre le CPE) réussi à remettre en débat la loi de réforme de l’université qui avait été accepté en catimini quelques mois auparavant.
Mais cette résistance demeure timide, faute d'alternative et de débouchés politiques. La responsabilité des élus de la soi-disant opposition est là évidente, sans être les seuls en cause. Les régimes spéciaux seront d’ailleurs bien remis en cause, les dirigeants syndicaux dans leur majorité n’osant pas aller contre la pensée dominante qui se pare de « l’équité ». Il serait pourtant bon de rappeler que cette notion est complètement dévoyée : l’abolition des régimes spéciaux revient en réalité à l'abolition de l’équité, c’est-à-dire prendre en compte la spécificité des conditions pour appliquer des régimes différents. En soumettant tout les salariés à la même diète, il s'agit plus exactement d'égalité dont on devrait parler, comme la TVA qui s'applique sans discernements quels que soient les revenus de ceux qui la paient.
Alors, fallait-il aller plus loin ? Il paraît que les syndicats se seraient retrouvés isolés dans l'opinion, perçus par cette dernière comme défendant des privilèges. La même argumentation était déjà déployée en 1995 par les sondeurs et les éditorialistes. Faute de voir les usagers excédés s'en prendre directement aux grévistes, « on » avait considéré que les Français faisaient grève par procuration, à travers les cheminots en particulier, regardant avec bienveillance ceux qui défendaient les acquis sociaux, ceux qui s'opposaient au rouleau compresseur néolibéral. D’ailleurs, on parlait alors de formidables mouvements de solidarité entre les gens, le covoiturage et l’entraide l’emportant sur cette systématique dénonciation de « la prise en otage des usagers par une catégorie de privilégiés ».
Mais les temps auraient changé, nous affirme-t-on et il faut absolument réformer la France, nous prévient-on, sans pour autant pouvoir nous expliquer en quoi tout va si mal. Pourtant quand on voit la multiplication des conflits sociaux dans le secteur privé depuis la rentrée, notamment dans les boîtes de l'agroalimentaire mais aussi dans la banque LCL, on peut penser que l’indulgence réciproque entre grévistes (qui perdent de l’argent lorsqu’ils font grève) et travailleurs (qui subissent les inconvénients d’une immobilisation des transports, par exemple) se développe entre tous ceux qui sont en lutte, qui résistent, même si leurs revendications respectives ne portent pas sur les mêmes objets. Ceci étant dit, dans le privé ou dans la fonction publique, le pouvoir d'achat est finalement toujours le moteur des grèves et mobilisations.
Ce qui ressort nettement des récentes mobilisations, c'est que la « base » pousse à la roue quand les dirigeants nationaux des différentes confédérations se montrent plus circonspects. Le mouvement étudiant est en cela emblématique - et, d'ailleurs, il n’est pas encore achevé. Et de là viendra peut-être une nouvelle façon de faire de la politique. D’ailleurs, lorsque des fractions de la « base » se radicalisent (dans ce qui pourrait, nous l’admettons, devenir une fuite en avant vaine : autonomes sur les facs, sabotages à la SNCF...) cela n’est rien d’autre que le symptôme de l'écart qui se creuse entre la base et ses dirigeants, entre la base et la pensée dominante, entre deux monde qui risquent de ne plus se comprendre.

Commentaires
Et bien Rennes dort ! Rennes 2 est morte ! La grève est finie… pour ceux du moins pour qui elle n’avait jamais commencé ! Pour quelques uns d’entre nous c’est autre chose… Il faut trouver le moyen d’agir ailleurs… Trouver le souffle aussi pour rebondir autrement… à quelques uns… toujours moins nombreux.
Pour ma part je suis épuisée et ne cesse de me dire qu’après tout… à d’autres…
J’essaie d’écrire pour ne pas être complètement inutile. J’écris sur la justice, la prison… Pour le journal du mouvement… Sur les profs, la fac, l’enseignement, le partage des savoirs… Mais tout ça, je le sens bien, n’a que très très peu de conséquences et n’est vraiment pas à la mesure de ce qu’il y a en face. Car la question est bien là : qu’est ce qu’on met en face de Sarkozy, son gouvernement, son monde ? Qu’est ce qu’on met en face qui, malheureusement (car c’est dur) serait réellement engageant mais qui aurait des conséquences réelles ?
Ailleurs, encore une douzaine de facs bloquées (dont Lille, Grenoble et Marseille) et quelques unes en fermeture administrative (paris 3)
Lille 3 a été évacuée hier soir. Voici le lien qui est assez parlant quant à ce que représente une évacuation de fac, de nuit, quand tout le monde dort et que personne ne voit rien… http://www.dailymotion.com/video/x3... Ils ont rebloqué aujourd’hui.
A Montpellier les étudiants des deux camps se sont affrontés violemment la semaine dernière. Sorte d’émeute générale sur le campus et là encore à l’appel du président. Ce dernier a agressé une étudiante gréviste qui porte plainte contre lui pour coups et blessures.
A l’IEP de Grenoble, le directeur a frappé des étudiants avec un panneau de signalisation qui se trouvait sur les barricades.
Je me demande vraiment ce qu’ils défendent pour en arriver là… J’ai pas mal réfléchi sur la violence et n’ai jamais été tout à fait contre. Je ne me considère pas comme pacifiste et crois avoir compris et expérimenté ce qui peut pousser à des actes de violence : la peur, la rage… Alors, ou ces gens-là défendent farouchement une idéologie (capitaliste) contre laquelle nous luttons avec la même force et pour un autre système (communiste, anarchiste, libertaire, « « « socialiste » » »), avec des méthodes qui peuvent paraître semblables (encore que j’essaie pour ma part de limiter mes actes de violence au matériel qui représente un élément du monde contre lequel je lutte), au quel cas ces personnes sont clairement des ennemis. Ou bien alors ils ont peur… Et ils ont peur à mon avis que leur monde s’écroule, que leur place saute, que leurs privilèges soient anéantis, que leur pouvoir soit remis en question, que leur statut soit reconsidéré, que leur salaire, leur fonction, leur grade, leurs valeurs, leur savoir, leur puissance, la reconnaissance des puissants et de leur hierarchie… ne soient plus une évidence à laquelle tous les autres se soumettent sans broncher. Bref ils ont peur de nous, de notre capacité à perturber le cours "normal" des choses et que nous réussissions à rétablir ce rapport d’égalité pour lequel nous nous battons… Et donc ce sont tout autant des ennemis…
A Montpellier toujours, cinq étudiants sont en grève de la faim… Action de victimisation au possible mais que je comprends tant nous ne pouvons plus agir autrement… Les étudiants se sont là-bas fait frappés un peu plus qu’ailleurs par les forces de l’ordre sur leur campus : http://paris.indymedia.org/article....
Un peu partout, les profs qui ne sont pas du côté de la mauvaise foi et de la malhonnêteté intellectuelle, et qui ont pas mal de courage aussi, démissionnent. Ici, une lettre d’une prof de Lyon 2 : http://paris.indymedia.org/article.... et deux vidéos sur la répression (ici la seconde est pas mal) : http://lru-montp3.blogspot.com/2007...
A Brest, une manif a tourné à l’émeute et s’est soldée par sept arrestations. C’était en début de semaine.
Un peu partout aussi, des étudiants se font chopper sur des actions (rassemblement devant la sorbonne il y a trois jours) ou chez eux et sont placés en garde à vue. Et ce n’est certainement pas fini puisque la justice en est encore à faire comparaître les lycéens de 2005 qui luttaient contre la loi fillion, que certains camarades attendent encore les procès du mouvement du printemps 2006, que huit mois après les élections nous soutenons à Rennes même, des personnes interpellées le 6 mars et qui croupissent encore en taule…
J’ai moi-même trois copains en prison et deux en attente de procès. Du coup, je me pose une question : ai-je à ce point de mauvaises fréquentations ? En tout cas je n’en ai pas changé depuis au moins deux ans et avant on avait le droit aux contrôles d’identité parce que déjà trop agités… Aujourd’hui on finit dans une cellule !
Alors voilà. Il y a des rafles de sans pap tous les jours et plus seulement à Paris, les étudiants et la jeunesse en général se fait matraquée, arrêtée, réprimée, abattre. Les salariés sont employés pour en chier à coup de contrats bidon et de salaires minables. Le droit de grève n’existe plus… Les étudiants dans notre pays se mettent en grève de la faim…
Et la presse se tait !!!!!!!!!!! La presse est muette !!!!!!!!!!!!! Heureusement de nouveaux médias naissent. La presse alternative n’a jamais était aussi fréquentée et participative.
Parmi tout ça de maigres bonnes nouvelles quand même, Amiens a voté le blocage jusqu’aux vacances de noël. Deux facs de Lille sont toujours bloquées. Un lycée de Tourcoing est bloqué et très investit ! Vive le nord ! Ailleurs aussi beaucoup de lycée continuent de bloquer régulièrement.
Et puis coordination nationale des personnels enseignants samedi et dimanche à Paris 8 à l’appel du collectif Sauvons l’Université.
A bientôt à tous. Je vous embrasse.
PAULINE
P.S. Un tag à Rennes 2, un peu "violent" mais je n’ai pas pu m’empêcher d’en rire : "Roturier ou pas tu finiras à l’échafaud ! " (Roturier étant le nom du vice président. Celui qui veut me virer ! Mais juré le tag ce n’est pas moi ! Un ami sans doute…)
A propos des dizaines de plaintes contre les grévistes sont déposées, à Rennes et dans toutes les facs…
Le Clébard (à sa mémère) sera présent à Plumes Rebelles 2008, le salon du livre organisé par Amnesty International les 2 et 3 février à Rennes, Halles Martenot.
Venez y faire un tour !
Salut,
Alors voilà, je dessine un clébard, je décide de le mettre en blog et, ceci fait je vois sur google l'existence du Clébard à sa Mèmère. Zut, me dis-je et puis je lis...Et finalement je ne me dis plus zut, le clébard a des choses à dire et à chacun son clébard! En espérant que vous ne m'en tiendrez pas rigueur...
Bonne continuation
http://leclebard.blogspot.com
Au contraire, le cleb's recommande ce très bon blog !!