Un entretien (presque) imaginaire du Clébard avec Marc Gontard président de l’université Rennes 2
Par Laguérite le samedi 22 décembre 2007, 18:14 - Dossier du mois - Lien permanent
Rampant entre les quolibets des jeunes enragés et les regards
courroucés des antiblocages en chômage technique, le Clébard s’est traîné
jusqu’à la cafeteria dévastée du bâtiment EREVE sur le campus de Villejean. Là,
un brave homme - un peu éméché, soyons francs - qui ressemblait étrangement à
Marc Gontard, président de l’université, lui a confié ses angoisses face à la
chienlit qui touche sa fac.
Les agités du bocal du Hall B sont venus faire main basse sur les barres chocolatées et les sodas. Ils ont tous cassé sans même un regard pour l’esthétique commerciale du lieu, de vrais dégoutants.
Franchement, Marco, qui sont les vrais responsables de ce capharnaüm ?
Ce sont les Khmers rouges qui sont retranchés dans le Hall B depuis un mois, j’te dis. Mais en fait ce sont les gonzes de Sud étudiant Rennes qui manipulent des « révolutionnaires situationnistes », « des anarchistes » pour s’en servir comme « force de frappe »[1]. Pour moi zéro plus zéro égale la tête des totos ! [il se fend la pipe]
Tu dois te sentir bien seul ?
Oui, tu peux le dire. J’ai déjà fait appel à plusieurs reprises au CRS qui ont évacué la Fac mais le lendemain les bloqueurs se sont repointés. Je vais commencer à croire qu’ils ne respectent pas mon autorité. Et ça, ça me déprime si tu savais. Mais il faut qu’ils se méfient, moi aussi j’ai ma force de frappe : le personnel de l’université est remonté à bloc et je te parle même pas des étudiants qui veulent retourner en cours. Y sont capable de sauvagerie ces p’tits gars. Je suis contre la violence mais les grévistes, « ce qu'ils veulent, c’est instaurer la Commune à Rennes 2»[2]. Je me verrai bien entrer dans le Hall B à la tête d’une armée démocratique composée des forces vives de notre université. Un peu à la manière de Thiers pénétrant dans Paris à la tête des Versaillais. On collerait les quelques meneurs contre le mur, là où on peut lire « Vive la dictariat du prolétature », tu vois, à l’entrée de la fac ? Histoire de leur retourner à la tronche leurs théories situationnistes.
On a comme l’impression que tu es énervé. Il n’y a pas que les nuits trop courtes qui te mettent dans cet état là, hein Marco ?
Attends, vieux : avec la loi LRU, je tenais mon autonomie à moi. La fac, c’était ma chose : la loi Pécresse stipule que le président de l'université dispose de nouveaux pouvoirs : c’est-à-dire que j’allais disposer d'un droit de veto sur les affectations de personnels, que j’allais être responsable de l'attribution des primes aux personnels et que j’aurai pu recruter, pour une durée déterminée ou indéterminée, des agents contractuels sur des postes d'enseignement, de recherche, techniques ou administratifset ça pour une durée déterminée ou indéterminée. La déprime me guette, tu sais. J’ai l’impression d’être Icare : j’étais près du soleil et patatra, les totos me mettent des bâtons dans les réformes.
Tu ne m’enlèveras pas de l’idée que tu étais plus sympa, il y a deux ans avec les jeunes qui s’opposaient au CPE ?
C’était la belle époque cette histoire de CPE. Les étudiants foutaient le boxon sur la place du Parlement, en centre-ville, ils nous foutaient relativement la paix à la fac. Et puis, la majorité était contre le CPE, j’allais quand même pas me mettre la majorité à dos.
Comment tu vois l’avenir ? Ce conflit va-t-il avoir une fin ou, puisque c’est la grande mode dans le monde, ces altercations vont-elles devenir un conflit de basse intensité qui se réveillera de temps en temps ?
[Il se redresse et bombe le torse] Je vais te dire un truc mon petit pote : il est bien évidemment hors de question que ma fac devienne la bande de Gaza des affreux de l’extrême gauche. Je peux même te confier une chose que tu garderas pour toi : ça m’étonnerait pas que l’extrême gauche elle-même mette fin à cette occupation stérile.
Qwaaaaa ? Qu’est-ce à dire ? L’extrême gauche trahie par l’extrême gauche... ça serait nouveau ça.
[Il se marre comme un vilain garnement] Ouaip mais d’ici peu, ce sont les services d’ordre des syndicats et des partis de la gauche extrême qui vont venir balayer du toto dans les couloirs. Y’a des bruits qui courent.
Donc tu crois que la loi LRU va passer ?
Tu plaisantes ou quoi ? Bien sûr qu’elle va passer. D’ailleurs, elle est déjà passée, je te rappelle. Elle va passer parce qu’il faudrait que les énervés qui bloquent les facs ouvrent leur contestation, que les Français les suivent dans un lutte globale contre Sarkozy. Là, il y aurait une chance. Mais sinon, c’est mort pour eux. Les Français ont trop peur de perdre le peu qu’ils ont. C’est ça la force de Sarko. On devrait lui confier une chaire de psychologie des foules à celui-là. Ici, à Villejean. Quand il veut !
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