Les lignes politiques ne bougent pas, elles s’emmêlent...
Par Laguérite le mardi 26 février 2008, 20:35 - Dossier du mois - Lien permanent
De nombreux observateurs se gargarisent des lignes politiques qui bougent. A bien y regarder les
clivages fondamentaux demeurent tandis que leur perception s’amenuise au
bénéfice des carrières de certains. Brouillage des repères et quête de
repaires.
Certes, les élections locales sont toujours propices aux chassés-croisés et aux tactiques individuelles les plus sinueuses. Mais ces derniers prennent cette fois-ci une ampleur nouvelle et relèvent pour une part de stratégies collectives. Au détriment des enjeux démocratiques et des plus faibles qui risquent une fois encore d’être abusés.
On en a eu la première illustration dans le vote populaire en faveur de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a su entretenir habilement ce dévoiement à travers « l’ouverture ». Au-delà des transfuges les plus médiatiques, nombre d’anciens collaborateurs socialistes émargent dans différents ministères. Le retard de la réaction du PS n’a pas contribué à éclaircir la situation : ses adhérents passés chez l’adversaire n’ont été exclus que plusieurs mois après.
Du vert au orange en passant par le rose
Il ne faudrait pas omettre les transferts Verts en direction du MoDem. En particulier deux anciens secrétaires nationaux, l’un d’eux (Yann Werling) étant même encore porte-parole national quand il a fait le choix de figurer en numéro 2 sur la liste centriste de Strasbourg ! Dans un autre registre, Anne Le Strat, sortante parisienne Verte, n’a pas été reconduite comme candidate par les militants. Qu’à cela ne tienne, elle se présente sur une liste PS. Sur Rennes, 5 élus sortants Verts sur 7 se sont d’emblée ralliés à la liste d’union de la gauche, avant que les militants Verts locaux ne décident de lancer leur liste distincte de celle du PS et ses satellites.
Modem ou hub ?
Le MoDem est lui-même victime de ces retournements et trahisons. Son positionnement national, ou plus exactement son absence de positionnement, altère encore la lisibilité des lignes de partage. Il s’allie à l’UMP à Bordeaux tandis que le Nouveau Centre (qui regroupe les centristes vassalisés de la majorité présidentielle) y présente une liste autonome ! Il compose en revanche des listes communes avec le PS dans plusieurs villes de la région parisienne ou encore à Grenoble. A Marseille, ses troupes se retrouvent sur les listes de droite, de gauche et une liste propre, certains assurant que les élus de ces différentes listes formeront malgré tout un groupe commun dans la future municipalité ! Division tripartite identique à Lyon : les cadres de l’ancienne UDF privilégient qui Perben, qui Gérard Collomb, alors que les nouveaux adhérents MoDem avaient remporté le vote interne sur le principe d’une liste autonome.
Ce clivage entre anciens cadres UDF et nouveaux adhérents MoDem se retrouvent dans maintes villes, tout particulièrement à Rennes. Les premiers, minoritaires, souhaitaient reconduire l’alliance avec la droite. Et, alors qu’elle avait été désignée à une large majorité pour mener une liste autonome, Caroline Ollivro a du aller quémander son investiture directement auprès de François Bayrou à Paris. Aujourd’hui encore, sur le site du MoDem 35, il n’y a même pas de lien vers le site de campagne de Caroline Ollivro…
Les voies du trotskisme sont impénétrables.
On aurait pu s’attendre à plus de rigueur à l’extrême gauche. Las, Lutte Ouvrière craint de se faire doubler à gauche par une LCR surfant sur son score à la présidentielle. Ni une ni deux, LO prend la LCR sur sa droite. Au nom du danger sarkozyste qui a bon dos, après avoir renvoyé droite et gauche dos-à-dos pendant plus de 20 ans, LO s’allie dès le premier tour avec le PS dans quelques villes comme Saint Brieuc et se déclare prête à fusionner avec les ex-social-traîtres dans l’entre deux tours partout ailleurs (encore faut-il que ses listes fassent 5%, seuil requis pour la fusion). Logiquement, LO devrait donc appeler à voter Delaveau au second tour.
La LCR, aspirant à son dépassement dans un grand (tout est relatif) parti anticapitaliste, se demande où elle va exactement, à part derrière Besancenot. Reprenant la méthode qui a fait les riches (tout est à nouveau relatif) heures de LO, la LCR joue de son porte-étendard médiatique national comme les frères ennemis exhibaient hier Arlette Laguiller pour les élections locales. A l’image de Nantes ou Saint Herblain, les camarades de Besancenot sur Rennes se sont en outre alliés sur une liste ouverte à Emgann, mouvement de la gauche indépendantiste bretonne qui vient de changer de nom pour s’appeler Breizhistance.
Pour clarifier le tout, les trotskistes du Parti des Travailleurs fondent eux-aussi un Nouveau Parti Ouvrier. Ils se présentent officiellement à Rennes comme une simple composante de la liste sobrement intitulée « Pour les services publics, la démocratie communale, la laïcité, les droits ouvriers : Rupture avec l'Union Européenne », liste menée par une ex-adhérente du PS.
De l’UMPS à Véolia
Même l’UMP n’est pas exempte de ces vicissitudes. A Rennes ou à Mulhouse, ses militants et ses cadres sont pris à rebrousse-poil par des candidatures imposées depuis Paris (Loïc Lebrun en sait quelque chose). Comme l’a révélé le monsieur élections de l’Elysée en pleine trêve des confiseurs, rien n’est fortuit. En transposant ladite « ouverture » au niveau local, la stratégie présidentielle vise délibérément à brouiller le champ politique et, de là, la lecture des résultats des échéances municipales. Le grand manitou crée ainsi de toute pièce SON opposition qui lui doit tout.
Le PS rennais ne procède pas autrement en façonnant sur sa liste SES radicaux de gauche, SES communistes et SES écologistes à qui il se contente de promettre quelques postes. Ces épigones divers et avariés n’existent plus par eux-mêmes, seulement dans l’ombre tutélaire de leur pygmalion. De fait, ils ne sont plus en mesure d’instaurer un rapport de force politique et d’infléchir l’ordre local socialiste.
On se retrouve ainsi avec des élus communistes, grands défenseurs du service public devant l’éternel, qui votent comme un seul homme en 2004 l’abandon de la gestion de l’eau à Véolia, multinationale à l’emprise tentaculaire sur Rennes, sa communauté d’agglomération et même le département : traitement des déchets via sa filiale Netra-Onyx, chauffage urbain sur Rennes-Nord à travers sa participation en capital à la SOBREC, transports interurbains dévolus à sa filiale TIV, nettoyage des parties communes des collectifs de l’office départemental d’HLM (filiale Renosol)…
L’empire Véolia à Rennes, le brouillage des lignes politiques suscité nationalement par le sarkozysme ou entretenu dans la capitale bretonne par le PS se rejoignent pour poser la question de la représentation démocratique et des engagements pris devant les électeurs. Les rennais élisent des conseillers municipaux pour assumer les responsabilités collectives et publiques de la ville. Pas pour que les élus se défaussent et abandonnent ces responsabilités à des intérêts privés ! Il ne suffit pas de battre la droite, encore faudrait-il gagner à gauche sur des idées et des pratiques. En somme : battre la droite, vaincre à gauche.

Commentaires
Projet de décret élargissant le nombre de données liées aux contenus en ligne à conserver durant un an:
Lutte contre le terrorisme uniquement ou moyen permettant également d'étouffer les blogs des citoyens en imposant des contraintes techniques délirantes?Les fai vont continuer d'héberger gratuitementles les sites persos et les blogs avec des coûts de fonctionnement en hausse?
"Le gouvernement Villepin en avait rêvé, le gouvernement Fillon va le faire. Malgré la vive polémique déclenchée il y a un an par un premier projet de décret obligeant les opérateurs de communications électroniques, les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) et les hébergeurs à conserver des données liées aux contenus..."
http://www.lesechos.fr/info/hightec...
France : vers une surveillance très étroite des internautes:
http://fr.wikinews.org/wiki/France_...
Le projet de conservation des données largement contesté:
http://www.lemonde.fr/technologies/...
" Il nous est intolérable qu'une pensée erronée puisse exister quelque part dans le monde, quelque secrète et impuissante qu'elle puisse être". Georges Orwell, "1984", Folio. Nineteen eighty four, roman écrit en 1948.
"...il y a deux façons de briser la liberté de conscience et la liberté de penser : la première consiste à supprimer politiquement la liberté par la violence, et bien sûr la menace terroriste fait partie de cette entreprise, mais la seconde consiste à détruire socialement et la conscience et l’acte même de penser, par une médiocrité sournoisement imposée..."
http://jeanbauberotlaicite.blogspir...
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