Laëtitia Sheriff fait ses gammes, les yeux over
Par Laguérite le dimanche 2 novembre 2008, 17:13 - Musique - Lien permanent
Quatre après son très
prometteur premier opus, Codification, Laetitia Sheriff nous revient avec un
Games over de toute beauté. Douze morceaux d’un abord pas forcément très facile
mais qui s’avèrent de véritables joyaux. Rencontre avec la chanteuse rennaise,
lilloise… et un peu plus encore.
Avant
Codification, j’étais partie seule. Je me construisais. Etre un cobaye pour soi
même, c’est un peu mon truc. J’ai découvert un auteur irlandais qui m’a
bouleversée, Yeats. J’ai mis en musique ses mots. C’est aussi à ce moment que
j’ai rencontré Olivier Melano. J’étais un peu complexée, je pensais que ça
allait me prendre la vie entière pour être au point. La rencontre avec Olivier
m’a permis de passer à la réalisation d’un album. Gaël Desbois nous a ensuite
rejoints. Ce qui me manquait finalement, c’était de travailler avec quelqu’un.
Puis il y a eu la découverte du studio Cocoon où on travaille aujourd’hui.
Quatre années entre deux
albums, vue la crise que traverse le disque actuellement, ça a du être
long ?
D’autant
Games over devait sortir en novembre 2007… On a eu pas mal de problèmes. La
pochette de l’album est réalisée par Tonio Marinescu, comme celle de
Codification d’ailleurs. La maison de disque voulait modifier son travail, ça
donnait des trucs débiles. Finalement, il est sorti au printemps. Quant au
temps qui s’est écoulé entre les deux albums, je voulais justement
qu’apparaissent tout ce que j’avais appris pendant ces quatre ans. Mais il y a
une grande différence entre 2008 et 2004. Surtout depuis qu’on a qui tu sais au
pouvoir…
Sans blague… parce que
l’arrivée de Sarkozy a changé quelque chose ?
On
assiste à un véritable rabotage des budgets de la culture. Ca devient de plus
en plus dur de faire tourner des musiciens. Mais ce qui est vraiment dingue,
c’est le flip général. Plus personne n’ose prendre des risques, tout le monde
devient conformiste. Parce que ce qui est incroyable dans cette ambiance, c’est
que ceux qui s’accrochent, qui continuent à se battre sont considérés comme des
têtes brulées ou de grands naïfs. Genre : « c’est la mondialisation,
on ne peut rien y faire. » Pour moi, un artiste ne doit pas être uniquement recroquevillé sur son art. Lorsque je
compose, je fais toujours attention à garder les yeux grands ouverts.
Justement, on peut dire
que Games over n’est pas vraiment facile d’approche, qu’il faut savoir
l’apprécier. A l’époque où les morceaux sont calibrés pour être rentables dès
la première écoute, c’est un peu jouer avec le feu, non ?
Si
tu veux savoir le fond de ma pensée, je me fous un peu de jouer avec la meute. En
fait, je n’ai pas franchement de perspective de carrière, d’espérance. En même
temps, le retard de la sortie de l’album m’a vraiment ennuyé.
Finalement, comment as-tu
abordé la création de Games over ?
Pendant
la composition de Games over, j’ai perdu des gens proches. J’en ai retrouvé
aussi. A l’époque je recherchai mon père. En fait, Games Over a été un moment
où j’avais l’impression de perdre mon innocence en vieillissant. « Cosmosonic »
est un morceau qui parle de ça, du passage de l’enfance à l’âge adulte. J’en
étais arrivée à analyser tout ce qui m’arrivait mais sans parvenir à faire
ressortir des choses positives des expériences que je vivais. Ca a été un
moment étrange. Depuis, j’ai retrouvé cette légèreté. Et puis, d’autres choses
m’ont également influencée : les dernières élections présidentielles par
exemple – et surtout la campagne électorale qui a précédé – m’ont
particulièrement marquée. La télévision aussi et tout ce qu’elle véhicule comme
mensonges. Je crois qu’il faut se réveiller, qu’on ne peut pas tout accepter
sous prétexte que ça vient de la télé. Beaucoup de choses en fait.
Games over est un disque
sombre ou positif ?
Positif.
Dans Games over, il y « jeu » et le jeu, c’est avant tout le
rassemblement. J’ai bon espoir qu’il y aura toujours moyen de se rassembler
pour lutter. C’est un disque d’espoir. Je peux même dire que je suis en accord
avec moi-même. Tout à l’heure, je te disais que je n’avais pas de perspective
de carrière mais je me vois bien vieille mémé derrière une console à produire
des albums. Ca, c’est plutôt de l’espoir, non ?
Laetitia Sheriff Games over (Fargo)

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