Le 26 septembre, dans un grand quotidien national, une brève qui devient presque banale : « Après avoir été placé en garde à vue avec ses parents sri-lankais sans titres de séjour, un enfant de 12 mois a été enfermé au centre de rétention administratif de Rennes dans l’attente d’une mesure d’expulsion. »

Quelques jours plus tôt, c’était un Haïtien de 52 ans, vivant depuis 18 ans en France, qui venait de voir rejeter par le tribunal administratif de Rennes son dernier recours contre l’arrêté de reconduite à la frontière. Plusieurs parents d’élèves de l’école de Quineleu, où est scolarisée sa fille de quatre ans, ont d’ailleurs manifesté devant la préfecture pour dénoncer cette décision de justice.

Fin août, un contrôle osseux sur un adolescent accueilli à la Maison de l'enfance de Bruz était exigé par la PAF (Police aux frontières) pour déterminer la majorité -ou non- de Zaya, jeune sans-papiers originaire de Mongolie. Au final, plus de peur que de mal grâce notamment à la  mobilisation de militants et du président du conseil général, Jean-Louis Tourenne. Ce « test génétique » rappelle le cas Julio du mois de juin. Ce jeune Angolais avait été sauvé in extremis, grâce à la mobilisation des élus de gauche et des enseignants de son lycée.

Une actualité chassant l’autre, l’événement tend à se banaliser comme si tout cela devenait « normal » et terrible à la fois. Le rythme impitoyable des médias altère et affadie notre sentiment d’indignation. Et pourtant…

Un test génétique sur des adolescents considérés comme des criminels sexuels, des familles que l’on traite comme des prisonniers de droit commun dans des centres de rétention - c’est-à-dire des camps d’internement avec rangées de grillages et barbelés - comment justifier de telles pratiques en France ? Notre beau pays, dit des « droits de l’homme », bénéficiait jusque-là d’une image de terre d’accueil à l’étranger. Serait-il sur le point de renier le fondement de sa propre civilisation et sa propre Histoire ? Imaginons un instant que cette politique fusse pratiquée au siècle dernier. Elle aurait permis en 1912 de refouler les Arméniens rescapés du génocide (exit Aznavour), d’empêcher les familles pauvres d’Italie du sud de venir travailler dans les mines de Lorraine (Ciao Platini), d’expulser les Maghrebins arrivant à Marseille pour construire la France des trente Glorieuses (adieu Zidane). Peut-être seul effet positif, elle aurait eu le mérite de ne pas accueillir sur son sol un certain Pal Sarkozy, immigré Hongrois quittant son beau pays communiste pour raisons politiques et ayant ensuite la mauvaise idée de concevoir un fils, futur président de son pays d’accueil.

Au-delà de questions purement politiques, et souvent partisanes voire démagogiques, concernant la question de l’immigration en France, les situations de famille étrangères dans les Centre de rétention administratif ne peut que nous interpeller et bousculer notre bonne conscience. Une question morale presque philosophique se pose : peux-t-on accepter un traitement policier envers des personnes ayant commis le seul crime de vouloir vivre ou survivre dans un autre pays ?

Cette volonté de quitter la misère de son propre pays pour tenter de faire sa vie dans des contrées plus hospitalières est la raison même de tout flux migratoire depuis que le monde existe.

La France a d’ailleurs construit sa propre identité dans ce creuset de populations venant s’y installer. C’est un peu notre propre système de valeurs qui s’effondre.

Est-ce vraiment le monde libre que regarde cet enfant et sa mère à travers le grillage du CRA ? Où est-ce nous qui sommes prisonniers de l’idée absurde et malsaine que notre pays riche, si convoité, doit devenir une forteresse imprenable pour garder notre liberté ?