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Portrait : Montgomery : mad boys et gentlemen musiciens
le 6/4/2006 12:10:00 (1794 lectures)
Portrait

photogroupeCe jeune groupe OVNI de la scène rennaise ne vous dit peut-être rien mais il fut pourtant la révélation des dernières Transmusicales.



Ces cinq potes musiciens n’en sont pourtant pas à leur première corde de guitare usée et ont su développer depuis quelques années un univers surréaliste et authentique grâce à une pop-rock aussi originale qu’inclassable, agrémentée d’un jeu de scène drôle et décalé. Plus gentlemen que badboys, les Montgomery ont accueilli Le Clébard dans leur grand appart-studio de la rue le Bastard, à Rennes, antre de leur colocation créatrice. Coup de bol, Laetitia Shériff et Pierre-Vital Gérard des Santa Cruz étaient de passage. Rencontre. 




Derrière ce nom qui évoque une ville américaine ennuyeuse planquée au fin fond de l’Alabama ou bien un général anglais flegmatique fumant tranquillement sa pipe après sa victoire dans le désert d’El Alamein, se cache une jeune bande de surdoués revisitant musique rock, pop et électro pour créer un monde sonore et visuel aussi étrange que fascinant. Un chanteur à la voixgrave et presque fiévreuse, des textes flirtant avec une poésie surréaliste,des mélodies entêtantes sur des arrangements déstructurés, le tout agrémenté de quelques dérapages très contrôlés de guitares saturées : voilà quelques ingrédients de la recette de ce « gentlemen band » très particulier. Au commencement, les Montgomery sont un groupe de lycéens lavallois. En arrivant sur Rennes pour leurs études, Benjamin (chanteur), Mathieu (batteur)et Cédric (bassiste) ont été rejoints par Yohann (clavier et graphiste) etThomas (synthé et ingé son). Le contact est tout de suite bien passé. Chacun a ramené ses influences et les membres ont décidé de poursuivre l’aventure ensemble. L’année passée, cette fine équipe s’est enfermée dans les studios de l’Antipode pour peaufiner leur album. Remarqués en 2005, aux Transmusicales, les membres du groupe ont désormais faim de scène et ne demandent qu’à faire quelques dates de concerts pour s’éclater et se faire connaître. Montgomery est par ailleurs à l’origine d’un sympathique projet qui a vu le jour en décembre dernier : l’album de Noël.  Cette création spéciale pour « Les rockeurs ont du c?ur » a réuni diverses personnalités de la scène rennaise comme Laetitia Shériff ou Pierre Vital Gérard des Santa Cruz ainsi que beaucoup d’autres talents plus ou moins rennais et plus ou moins connus. Projets communs, univers musical, engagement et quotidien des saltimbanques, autant de sujets de conversations évoqués autourd’un café dans la cuisine par ces amis artistes.


Extraits :
 

Pierre des Santa Cruz : Notre première rencontres’est déroulée un peu par hasard. J’ai flashé sur les Montgomery lors d’un concert dans un petit bar à Rennes. L’endroit était vraiment confiné et il n’y avait pas grand monde. D’ailleurs, c’était assez drôle. Mathieu jouait sur une toute petite batterie. Rien ne s’y prêtait pour faire quelque chose de grand mais le concert a été magnifique. J’ai pris une claque. Pourtant, à première vue, ce n’est pas la musique que j’aime : paroles surréalistes, déguisements sur scène. Ça ne m’emballe pas mais ils ont réussi à retourner mon a priori. Les Montgomery ont quelque chose de très simple dans l’écriture. Sur scène, ils sont frais et inédits. C’est étonnant à quel point leur musique est déjà « digérée ». C’est seulement après plusieurs écoutes que j’ai ressenti leurs influences. Pour moi, beaucoup de choses les rapprochent de Radiohead même si cela ne semble pas évident.

Laetitia Shériff : Quand on parle d’influences, il faut plus le concevoir comme un patrimoine musical. Les Montgomery possèdent un plafonnage plutôt intéressant. L’échange entre les membres du groupe crée quelque chose d’assez hybride.

Benjamin : Faire cet album [ L’album de Noël, projet artistique original réunissant différents artistes] seuls, c’est vrai que cela n’a pas été simple au niveau de l’organisation. Mais comme l’on commençait à mettre les pieds dans le milieu de la musique, les rencontres se sont faites en toute simplicité.

Laetitia Shériff : Je suis admirative de l’acharnement qu’ils ont déployé pour cet album. La première fois, on s’est réuni dans un bistrot pour en discuter. Au bout d’un mois et demi, il y avait déjà un résultat avec des moyens à disposition, des partenaires. C’est fort !

Benjamin : Il fallait surtout y croire et se dire que c’était parti. L’avantage est que nous avons tout dans le groupe : des musiciens, un graphiste, un ingé son...

Pierre des Santa Cruz : Les Montgomery sont un groupe fédérateur. Ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu un truc en commun de cette dimension sur Rennes. La dernière fois, c’était il y a 10 ans contre la reprise des essais nucléaires. Mais en ce qui concerne l’album de Noël, c’est le projet artistique qui a séduit.

 

Laetitia Shériff : Même si nous venons d’origines musicales différentes, ces énergies se sont complétées pour faire des choses biens. Par exemple, c’est la première fois que je chantais en français sur cet album. C’est une question de rencontre?

 

Cédric : En ce moment, on a tous un job à côté. En fait, on a pris le pli assez tôt. Nous avons commencé la musique pendant nos études. Ensuite cette passion a pris de plus en plus de place dans nos esprits, nos coeurs. On est donc passé à l’étape supérieure. Comme la musique ne permet pas de manger tous les jours, il faut bien gagner sa vie. Tu te dis qu’en faisant des efforts dans ce métier, tu peux gagner au moins autant d’argent qu’en faisant des petits boulots surtout que les jobs peuvent devenir un piège s’ils te prennent trop de temps et d’énergie. Alors tu t’organises en fonction.En fait, tout est assez logique pour le groupe car cela fait déjà 10 ans que nous avons cette organisation !

Laetitia Shériff : Faire de la musique et pouvoir en vivre, c’est certes une question d’existence mais aussi pour ma part de conscience sociale. On tente de vivre de sa passion à travers cette profession. L’important pour moi est d’assumer ce que l’on fait et ce que l’on veut. On me pose souvent cette question « Tu fais de la musique mais parviens-tu à en vivre ? ». C’est parfois pas facile mais c’est certainement pas plus difficile que de bosser à l’usine. 

 

Jean-Marie Legaud

(photo :Stéphane Mahé)

 

 

Montgomery : Album “Melody” (5 titres). « L’album deNoël »

http://www.chez-montgomery.com/

Santa Cruz : “Long gone desire”

http://www.santacruzband.net. Possibilité de télécharger des morceaux en MP3 sur le site.

Laetitia Shériff : Participe au documentaire d’Hélène Desplanque « communauté 28 » sur un quartier sensible dans le nord, avec des frères dominicains.

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